Promouvoir le retour des diplômés africains dans leurs pays 

La question du retour des jeunes diplômés pose souvent un problème aussi bien pour le pays d’accueil que pour le pays d’origine. Près de trois étudiants sur cinq préfèrent rester en Europe.

Tunis a accueilli du 12 au 14 septembre une rencontre de jeunes entrepreneurs africains représentant six pays du continent dans le cadre du programme pilote « MeetAfrica ». Ce programme est financé par l’Union européenne et le Centre international pour le développement des politiques migratoires et a bénéficié d’un cofinancement du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères à concurrence de 1,7 million d’euros. Au total une quarantaine d’Algériens, Camerounais, Maliens, Marocains, Sénégalais et Tunisiens, tous diplômés des universités françaises et allemandes, ont exposé leurs projets innovants qui seront créés dans leurs pays d’origine.

Le programme, lancé en 2016, est une émanation du Dialogue Euro-Africain sur la Migration et le   Développement (Processus de Rabat), qui réunit depuis une dizaine d’années plus de 58 pays africains et européens, la Commission européenne et la CEDEAO, dans le but de « discuter des enjeux soulevés par la question migratoire ». Il a, selon les organisateurs, pour objectif « d’offrir un solide accompagnement à ces jeunes étudiants, professionnels et chercheurs formés en Europe qui considèrent l’entrepreneuriat comme une voie d’insertion professionnelle et qui souhaitent créer dans leurs pays d’origine une entreprise leur permettant de valoriser les compétences acquises durant leurs études ».

L’Europe et en premier lieu la France et l’Allemagne demeurent un pôle d’attraction pour les jeunes étudiants africains qui constituent, depuis plusieurs décennies, une composante importante de la population étrangère de l’enseignement supérieur en Europe. Avec 432 589 étudiants en « mobilité internationale diplômante », selon les statistiques de Campus France, les étudiants africains représentent 10% du total de la mobilité étudiante mondiale. « Plus d’un étudiant africain mobile sur 5 est originaire du Maghreb (21,6 %), et si l’on ajoute le Nigéria, le Cameroun, le Zimbabwe et le Kenya, ces 7 pays représentent la moitié de la mobilité du continent ». Presque la moitié, 49,1% se trouvent dans les pays de l’Union européenne et notamment en France où ils constituent le plus gros contingent avec 43,2% dont la moitié viennent des trois pays du Maghreb central, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie.  Dans un rapport sur « la mobilité des étudiants africains en France » publié en 2015, « le prestige des diplômes français et leur valorisation possible, l’intérêt touristique du pays, la préexistence de contacts amicaux ou familiaux » font de l’Hexagone la première destination de ces étudiants.

Trois étudiants sur cinq préfèrent rester en Europe

La question de leur retour pose souvent un problème aussi bien pour le pays d’accueil que pour le pays d’origine. Près de trois étudiants sur cinq préfèrent rester en Europe. Les diplômés dans les filières médicales et d’ingénieurs ne trouvent pas de gros problèmes pour leur intégration professionnelle en France et ce, en dépit de la circulaire Guéant de mai 2011, abrogé une année après par le gouvernement Ayrault, qui « restreignait la possibilité pour les étudiants étrangers de travailler en France après leurs études ».

Ce paradigme de la « fuite des cerveaux », ou « exode des compétences » ou encore « exode des cerveaux », prive les pays d’origine de leurs jeunes compétences. La stratégie mise en place par le processus du Dialogue Euro-Africain sur la Migration et le Développement vise entre autres à encourager le retour des jeunes diplômés dans leurs pays à travers l’entreprenariat comme « voie d’insertion professionnelle ». La déclaration et le programme de Rome 2014-2017 du Processus a fixé comme priorité de renforcer « la synergie entre migration et développement » pour répondre aux défis de « la mobilisation des diasporas innovantes pour le développement économique des pays d’origine, et de la promotion de l’entrepreneuriat comme voie d’insertion professionnelle des jeunes de la diaspora africaine ».

À travers leurs projets de création d’entreprise, « ces diasporas constituent des leviers importants pour le développement de leurs pays d’origine ».

Brahim Oueslati.

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