La ministre et les avocats

Marlène Schiappa a suscité des critiques en contestant la déclaration de l’avocat du mari d’Alexia. Elle n’a fait que son travail, juge Etienne Copel. 

« Alexia avait une personnalité écrasante. Il se sentait rabaissé, écrasé. A un moment il y a eu des mots de trop, une crise de trop qu’il n’a pas su gérer. » Ainsi s’exprimait maître Schwerdorffer, l’avocat du mari de la joggeuse assassinée. Un avocat a le droit de dire tout ce qu’il veut et je ne me permettrais pas de contester ce droit.

Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les hommes et les femmes, avait-elle le droit d’affirmer que cette déclaration est scandaleuse ? Sur le fond il est clair que le victim blaming, en l’espèce, est particulièrement choquant. Le pauvre meurtrier « écrasé par la personnalité de son épouse » non seulement l’avait frappée puis étranglée, mais ensuite, au lieu d’aller se constituer prisonnier en expliquant qu’il n’avait « pas su gérer la crise », il avait monté le coup de la joggeuse disparue et avait joué le mari éploré jusqu’au moment où les preuves de son crime sont devenues irréfutables.

Problème : Madame Schiappa est ministre de la République et nombre d’avocats, avec en tête maître Dupont-Moretti, ont crié au scandale. Sa déclaration, d’après eux, foulait aux pieds la sacro-sainte séparation des pouvoirs qui fait que le gouvernement n’a pas à intervenir dans une affaire judiciaire. Ce principe est, en effet, parfaitement sain. Un ministre de la Justice n’a pas à donner d’ordres à un procureur sur la manière de conduire une enquête, il n’a même pas à lui conseiller d’accélérer ou de freiner une procédure. Chacun sait d’ailleurs avec quelle rigueur cette règle a été respectée par toutes les Républiques depuis 1789 !

En l’occurrence, Marlène Schiappa n’est pas intervenue auprès d’un juge ou d’un procureur, elle s’est contentée de contester une déclaration d’un avocat. Si la ministre avait critiqué la plaidoirie d’un avocat au moment du procès on pourrait comprendre l’indignation des avocats, mais là il ne s’agissait que d’une déclaration à la presse au tout début d’une instruction obligatoirement longue. Qui peut croire qu’en critiquant cette déclaration elle va influencer les jurés du futur procès d’assises qui jugera le pauvre inculpé écrasé par la personnalité de sa femme?

La réalité est qu’il y a beaucoup plus de femmes battues et encore plus de femmes assassinées par leur mari que le contraire. Il n’y a pas d’excuses à trouver pour un homme qui bat sa femme. Voilà ce que la société masculine doit comprendre. Voilà ce que la ministre, chargée de défendre les droits des femmes se devait de dire. N’en déplaise à Messieurs les avocats et à tant de commentateurs masculins (historiens, psychologues, journalistes…)  qui ont hanté les plateaux de télévision à la suite de ce fait qui serait resté banal sans la dissimulation tentée par le meurtrier.

Tous les trois jours, en France, une femme est assassinée par son conjoint. Marlène Schiappa ne le tolère pas. Elle l’a dit. Elle a bien fait.

Par Etienne Copel

 

1 Commentaire

  1. Ce système de défense qu’est le « victim blaming » a été et est encore couramment utilisé dès qu’il s’agit des femmes victimes d’agressions sexuelles, harcèlement, viol… D’autant plus choquant ici où il y a eu assassinat !… Rien ne peut justifier un tel acte.
    J’entends encore Maman disant à mes frères : « On ne frappe pas une femme, même avec une rose ».
    Mais j’ai aussi entendu certains dire : « Bats ta femme tous les matins ; si tu ne sais pas pourquoi, elle le sait. » C’était, sans doute, une plaisanterie !

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