Inégalités

Bien sûr, il faut contenir la dette, alors un effort, pourquoi pas… À condition d’en comprendre les tenants et les aboutissants sous peine de ruiner toute légitimité de la politique fiscale…

Si, en France, les prédécesseurs de Macron n’avaient pas laissé s’accumuler une dette de presque une année de PIB, le gouvernement n’aurait pas à « servir » un budget gigantesque pour rembourser cette dette. Et, sans augmenter les taxes, Macron pourrait augmenter les minimums sociaux, les retraites et les investissements productifs.

Bien sûr, il faut tenir compte du vieillissement spectaculaire de la population. La retraite dure maintenant des lustres et des lustres, si l’on continue à ne toucher significativement ni à l’âge de fin de vie active, ni aux inégalités entre les régimes, ni au pourcentage du salaire versé lors de la retraite, on ne peut que faire exploser la dette et ses remboursements.

Bien sûr, la priorité c’est l’emploi. Si les entreprises françaises sont nettement plus taxées que celles de leurs concurrents européens seules survivront les entreprises de service… au service des vieux qui n’auront plus assez d’actifs productifs pour les faire vivre.

Bien sûr, il ne faut pas faire peur aux riches. Le monde capitaliste étant ce qu’il est, pour maintenir une activité économique compétitive, pour ne pas aggraver le déficit de la balance commerciale, il faut que les riches investissent dans leur pays plutôt que de s’exiler avec leurs millions.

Il y a donc beaucoup de raisons pour penser que la politique suivie par Emmanuel Macron   – qui correspond de près à ses engagements électoraux – convient assez bien aux besoins de la France.

Et pourtant ! Et pourtant la colère des gilets jaunes est là. Et le soutien de leur action auprès de l’opinion française est incontestable. Peut-on se contenter de dire : les Français sont des râleurs impénitents et le président Macron n’y peut rien comme de Gaulle était démuni face à la chienlit ? Ce n’est pas ce que je ressens.

Premier point, Emmanuel Macron juste après son élection n’a pas dit assez clairement que son entreprise de redressement de la France n’irait pas sans larmes. Il a sans doute imaginé que ses décisions étant intelligentes elles passeraient somme toute facilement.

Et puis, quand il a supprimé l’essentiel de l’impôt sur la fortune et qu’il est apparu comme le président des riches, il n’a rien fait pour montrer qu’il le faisait contraint et forcé par les réalités du monde. Il a dit qu’il supprimait cet impôt pour ne pas handicaper l’économie française face aux concurrences étrangères, mais il n’a pas dit qu’il allait lutter de toutes ses forces pour convaincre ses partenaires de taxer ensemble les profits honteux et les héritages scandaleux. Il ne l’a pas dit et il ne l’a pas fait. Les sommets se succèdent et les présidents semblent ignorer le problème. Comme si, au fond, la situation ne leur semblait pas vraiment scandaleuse. Comme si, leur situation personnelle leur paraissait plus importante que celle de leurs administrés.

Les gilets jaunes, au revenu de 1500 euros par mois, qui manifestent et qui cassent devraient peut-être penser plus à tous ceux qui, de par le monde, rêvent de leur mode de vie, de leur protection sociale … .

Il serait quand même plus facile de le leur rappeler s’il n’y avait pas les yachts abandonnés de Cannes, les appartements vides de l’avenue Foch … Certes les inégalités actuelles ne sont pas pires que celles du 19e siècle, mais à l’époque il n’y avait ni chaines d’info permanentes, ni réseaux sociaux.

Le mouvement des gilets jaunes finira, sans doute, par se calmer comme celui de Mai 1968. Puisse-t-il servir au moins à faire prendre conscience que l’ère des inégalités croissantes a vocation à mourir.

Calmement ou bien par la révolution.

Etienne Copel.

 

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