Comprendre le Yémen

La vieille ville de Sanaa, capitale du Yémen.

Le Yémen ? Un pays arabe pauvre bombardé par une coalition de pays arabes riches.
Mais encore ? 

Le Yémen, de l’Arabie heureuse à la guerre, de Laurent Bonnefoy, Editions Fayard, 23 euros, 326 pages

Trop loin, trop pauvre, trop bizarre, trop difficile à comprendre. Le désintérêt pour le Yémen (le pays de la « droite », quand on regarde vers l’Est) et l’état de guerre perpétuelle dans lequel il se trouve depuis son indépendance en 1990 ne tient pas seulement au black-out médiatique destiné à ne pas fâcher les pays – Arabie saoudite en tête – à qui la France vend des armes, et qui bombardent aujourd’hui l’État le plus pauvre du monde arabe.

Il tient à la nature même de ce pays montagneux. Patrie d’origine de la famille Ben Laden, victime depuis toujours des luttes de pouvoir régionales et internationales, le Yémen ne semble capable de vivre son histoire qu’à travers celle des autres, une caractéristique des Etats marginaux ou satellites. C’est donc tout le mérite de Laurent Bonnefoy, l’un des rares réels connaisseurs du Yémen et de son histoire, de replacer ce territoire au coeur des enjeux de pouvoir de la région.

Impossible d’entreprendre un tel travail sans replonger dans l’histoire, le temps long, celui des tribus, des rivalités profondes entre les tout-puissants cheikhs zaydites du Nord et le peuple sunnite du Sud désertique. Une division qui a traversé l’histoire moderne de ce pays, partagé entre une République populaire au Sud (rattachée au bloc soviétique) et une République arabe au Nord (appuyée par l’Arabie saoudite et les puissances de l’Ouest). De sorte que l’État yéménite n’a été réunifié qu’en 1990. Encore faillit-il se scinder à nouveau en 1994. Impossible également de ne pas explorer le rôle délétère et ambivalent du puissant et richissime voisin saoudien. Ibn Saoud, d’après la légende, n’avait-il pas appris à sa descendance que « l’humiliation du Yémen est notre grandeur, et sa grandeur notre humiliation » ?

L’ouvrage, c’est là un de ses principaux mérites, ne se réduit pas un austère manuel de géopolitique et d’histoire yéménite. Il donne à comprendre un peuple, ses trajectoires, ses espoirs et ses désillusions, à travers notamment la trajectoire singulière de la diaspora hadramie.

La lecture préalable de Yémen, de l’Arabie heureuse à la guerre devrait être requise pour quiconque prétend parler de ce pays complexe et attachant.

Valérien Cantara

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