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Considérations sur le protocole d'une audience du Grand Mufti et du Pape et sur l'alliance d'un pottok pyrénéen et d'un pur-sang picard, à la façon des Lettres Persanes *

Considérations sur le protocole d'une audience du Grand Mufti et du Pape et sur l'alliance d'un pottok pyrénéen et d'un pur-sang picard, à la façon des Lettres Persanes *

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De Usbek à Mehdi

De Paris, le 4 de la lune de Gemmadi. Je t'ai entretenu déjà, cher Mehdi, des raisons qui ont poussé le monarque régnant à ne pas solliciter le renouvellement du blanc-seing que lui avaient accordé autrefois les Français. J'y ajoute l'usure d'un pouvoir issu d'une sorte de monarchie élective et parlementaire. Le roi n'est plus aujourd'hui que le régent de son royaume quand les prétendants à sa succession provoquent un tumulte grandissant, sur fond de turpitudes concussionnaires d'un ancien Grand Vizir, de l'utopie universaliste d'un autre, et de l'immaturité d'un troisième.

Une seule famille fondée sur la transmission héréditaire de l'autorité semblait jusqu'ici à l'abri du charivari, en raison de son goût inné pour la discipline. Mais un évènement inattendu s'est produit au sein de cette famille qui avait jusque-là appliqué à la lettre l'ancien droit d'aînesse au profit de Marine, née d'un mariage morganatique - sa mère ayant été répudiée, comme chez nous en Perse - ce qui ne l'empêcha pas de briguer et d'obtenir la succession de son vieux père à la tête de la ligue familiale. Une telle prétention eût été impossible, chez nous, en Perse, car nos femmes sont tenues au sérail.

Assoiffée de reconnaissance diplomatique, elle s'est produite à Beyrouth, chez nos frères du Liban, ayant la prétention d'être reçue par Abdellatif Deriane, Grand mufti de la communauté sunnite, sans porter le voile qu'exigent la décence et le protocole. « La plus haute autorité sunnite du monde, a-t-elle déclaré, n'avait pas eu cette exigence, par conséquent je n'ai aucune raison de... » Elle faisait référence à sa visite en Egypte où elle avait rencontré Ahmed al-Tayeb, le grand imam d'Al-Azhar au Caire. Elle avait pourtant été informée, la veille, de cette exigence vestimentaire, et c'est par pure bravade qu'elle se présenta nue-tête au rendez vous fixé. Aurait-elle osé rencontrer le Pape en tenue de plage, au Vatican, par temps de canicule ? Certainement pas ; cela aurait choqué les bigots de son entourage à commencer par sa nièce et la ribambelle de calotins qui l'entourent.

Or, par une sorte d'ironie, c'est précisément d'un aimable cagot des Pyrénées, ancien professeurs des humanités, qu'une leçon de moralité vient d'être donnée au bon peuple, laquelle pourrait bien changer la face de l'élection du Grand Shah au printemps prochain. Un certain François Bayrou, éleveur de chevaux pottok en Béarn et fin lettré, habitué des joutes électorales, vient de passer alliance avec un petit marquis pur-sang, natif d'Amiens, vizir de l'ancien roi, afin d'interrompre l'inéluctable affrontement qu'entraine une règle électorale établie autrefois pour briser le jeu des combinaisons partisanes. Cette règle faisait chuter les gouvernements soumis à la pusillanimité parlementaire.

Or le parlement ressemble aujourd'hui à ces ruines que l’on foule aux pieds, mais qui rappellent toujours l’idée de quelque temple fameux élevé par l’ancienne religion des peuples. Il ne se mêle plus guère de rendre la justice ; et son autorité est devenue languissante, à moins que quelque conjoncture imprévue ne vienne lui rendre la force et la vie. Ce grand corps a suivi le destin des choses humaines : il a cédé au temps qui détruit tout, à la corruption des mœurs qui a tout affaibli, à l’autorité suprême qui a tout abattu. Cette alliance qui semble vouloir se rendre agréable au peuple, paraît d’abord vouloir restaurer une image de la liberté publique. Le Sieur Bayrou, comme s’il pensait à relever de terre le temple et l’idole, voudrait qu’on les regardât comme l’appui de la monarchie et le fondement de l'autorité légitime. Je te tiendrai informé, mon cher Mehdi, de la suite de ce spectacle : l'ambition des princes n'est jamais si dangereuse que la bassesse d'âme de leurs conseillers.

Traduit du Persan par Jean-Claude Ribaut

* Les Lettres persanes sont un roman épistolaire rassemblant la correspondance fictive échangée entre deux voyageurs persans, Usbek et Rica, et leurs amis restés en Perse. Publié anonymement par Montesquieu en 1721.

 

 

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