De Drancy à Beyrouth : embrouilles moyen-orientales sur fond de Shoah

Ancien chroniqueur de La Revue pour l’intelligence du monde, Jacques Trauman a fait une longue carrière internationale dans la banque, avant de se lancer, sous pseudonyme, dans l’écriture de thrillers dont l’action se déroule souvent… à Wall Street. C’est donc en amateur éclairé qu’il a lu le roman que vient de publier aux éditions Temporis un de ses semblables, l’ex banquier Luc Debieuvre.

« J’aime bien les polars écrits par d’anciens flics, au moins ils savent de quoi ils parlent et connaissent le code de procédure pénale. Alors, pour changer un peu, pourquoi pas un polar géopolitique écrit par un ancien banquier bourlingueur qui connaît le Moyen-Orient comme sa poche et nous débarrasse une bonne fois pour toutes des dernières illusions que nous nous plaisons a entretenir sur la marche du monde. De la Creuse (oui !!!) à Beyrouth, à Amman et aux pays du Golfe, Luc Debieuvre nous entraîne dans un tourbillon, qui transforme très vite ce livre en ce que les Américains appellent un « page turner » : a peine a t-on terminé un chapitre qu’on se précipite sur le suivant pour connaître la suite (et on est pas déçu).

Certes je n’étais pas très convaincu au tout début du roman, mais j’ai été très vite happé par le récit, au point de le finir d’une traite. Au départ, une histoire de djihadiste qui démarre dans la Creuse a en effet de quoi surprendre, mais l’actualité des dernières années nous a appris qu’en fait cela est plutôt conforme à la réalité du terrain.

De plus, le fait que notre auteur connaisse tous les secrets des « dîners en ville » parisiens, si vains et si cruels, ainsi que les petites manies de nos ambassadeurs, conforte la crédibilité du récit. En un mot, ce polar, qui raconte l’improbable échange de caisses de mosaïques et de sculptures pillées en Syrie contre des armes achetées en Albanie et destinées aux djihadistes, est tout simplement excellent, et je ne vais pas en révéler le dénouement ; lisez-le sans modération, et vous passerez un bon moment.

Une dernière chose cependant : à ceux qui pourraient penser que la trame est à la limite de la vraisemblance, je citerai Tom Clancy qui a dit un jour (je crois) : « la différence entre la réalité et la fiction est que la fiction, elle, doit être crédible ». En effet, la réalité est souvent beaucoup plus invraisemblable que bien des romans, et à cet égard, j’en profite pour recommander un livre d’une impeccable tenue journalistique et qui se nomme « Lève-toi et tue le premier » (2). Cette histoire, très documentée, des assassinats ciblés israélien, rédigée par un remarquable journaliste, montre que la réalité est encore bien plus incroyable que « Beyrouth sur Creuse » qui, en définitive, à toutes les chances d’être (hélas) bien près de la réalité du terrain. A lire, autant pour le plaisir que pour se documenter. Jacques Trauman

(1) «Beyrouth sur Creuse : trafic d’art chez les Djihadistes», Luc Debieuvre, Temporis, 2021

(2) «Lève toi et tue le premier : l’histoire secrète des assassinats ciblés commandités par Israël», Ronen Bergman, Grasset, 2020

#grasset, #beyrouth, #Djihad

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