« La verticale du fleuve », de Clara Arnaud : la note de lecture de Jean-Louis Gouraud

« La verticale du fleuve » vient de sortir aux éditions Acte Sud. Clara Arnaud, s’inspire de l’histoire vraie de de Berta Cáceres, une militante écologiste qui a été assassinée en 2016. Jean-Louis Gouraud l’a lu pour La Revue pour l’intelligence du monde. Voici sa note de lecture :

Il faudrait proposer aux frères Coen, les célèbres réalisateurs (et producteurs) américains, multirécompensés dans tous les grands festivals du monde, de lire le nouveau roman de Clara Arnaud, « La verticale du fleuve ». Ils y trouveraient certainement l’inspiration d’une nouvelle série, du genre de celle qu’ils réalisèrent pour Netflix, « Fargo », dont chaque épisode commençait par ces mots : « Ceci est une histoire vraie. »

C’est en tout cas le fait de celle que raconte Clara Arnaud, avec un souffle digne de Gabriel García Márquez, l’auteur (en 1967) de l’illustrissime roman « Cent ans de solitude ». On trouvera peut-être la comparaison excessive, voire indécente, entre cet immense chef-d’œuvre et la modeste entreprise littéraire d’une jeune autrice encore inconnue, mais il est difficile de ne pas y songer. Même ampleur du sujet, même narration pittoresque mais réaliste de la confrontation violente entre tradition et changement dans l’Amérique latine d’aujourd’hui.

L’histoire vraie dont s’inspire Clara Arnaud est celle de Berta Cáceres, militante écologiste, et représentante d’une communauté autochtone du Honduras, les Indiens Lenca, qui s’opposait à la construction sur leur territoire d’une centrale hydraulique. Elle fut assassinée chez elle le 2 mars 2016, un an après avoir été couronnée d’un prestigieux prix international pour l’environnement. Ses assassins, des tueurs à gages, furent certes arrêtés et condamnés à des peines de prison, mais leurs commanditaires – dont il était facile de deviner l’identité – sont restés impunis.

De cette affaire, considérés par beaucoup comme un simple fait divers, d’une triste banalité dans cette région du monde (qu’elle connaît bien, pour y avoir vécu quatre ans), Clara Arnaud fait le point de départ d’un vertigineux entrelacs des trajectoires individuelles vécues par les trois filles de la victime, ou collectives, subies tant par les constructeurs du barrage que par leurs victimes.


Avec un sens aigu de détail, Clara Arnaud plonge le lecteur, sur près de 400 pages, dans la touffeur – non seulement climatique, mais aussi politique – de ces contrées, et l’entraîne dans la formidable aventure technologique et humaine qu’est la construction d’un barrage, à la « verticale du fleuve ».

Jean-Louis Gouraud

« La verticale du fleuve » de Clara Arnaud. (Actes Sud, 2021

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