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De l'importance de la table dans les différentes familles en lice pour la succession du Grand Shah, à la façon des Lettres Persanes *

De l'importance de la table dans les différentes familles en lice pour la succession du Grand Shah, à la façon des Lettres Persanes *

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De Usbek à Rica

Saucisse sèche, boudin, jambon, rillettes, tous les ingrédients d’une copieuse assiette de cochonnailles, bannies par notre saint Alcoran, puis une tête de veau à la sauce ravigote suivie d’un sorbet à la pomme au calvados, voilà le menu de grand ordinaire d'un ancien Vizir nommé Chirac lorsqu'il briguait la haute magistrature, il y a deux décennies.
C'est le destin de ce pays de considérer la table comme le support nécessaire de l'ambition. Brillat-Savarin, ancien conventionnel, prophétisait bien avant José Bové, que « la destinée des nations dépend de la manière dont elles se nourrissent. » A un point tel que l'histoire de France s’apparente à une succession de festins, depuis le « Triomphe des pauvres » institué par les Jacobins de Rodez, jusqu’aux banquets organisés, sous Louis-Philippe, par les partisans de la Réforme, ou, d’après Flaubert, on mangeait du dindon froid et du cochon de lait.

Aujourd'hui, certains rêvent d'un revenu universel dont ils ont peine à trouver le financement. Que ne s'inspirent-ils de la commune de Rodez, où considérant que l'esprit public avait singulièrement besoin d'être réchauffé, les édiles décidèrent de réunir tous les sans-culottes pour prendre un repas frugal et républicain pendant lequel des orateurs montagnards développeraient les principes de la liberté et de l'égalité. Ce repas, aux frais des aristocrates, le premier jour de la première décade et le cinquième de la troisième décade de chaque mois consistait en pain, vin, fromage, fruit.

Ce n'est certainement pas le menu du jour chez l'ancien Grand Shah Sarkozy qui s'apprête à recevoir à sa table son ancien Grand Vizir qu'il présentait autrefois comme un collaborateur. Il est à peu près certain que les plats servis seront froids et auront un arrière goût de vengeance sans merci. Je ne puis t'en dire plus, car je m'empresse de t'envoyer cette missive avant, moi-même, de passer à table. Mais sois assuré que dans un prochain courrier, je t'entretiendrai de la situation extrêmement mouvante du marigot dans lequel se débattent le Sieur Fillion et ses séides. Il y a longtemps que l’on a dit, à son propos, que la bonne foi était l’âme d’un grand ministre. Un particulier peut jouir de l’obscurité où il se trouve ; il ne se discrédite que devant quelques gens, il se tient couvert devant les autres : mais un ministre qui manque à la probité a autant de témoins, autant de juges qu’il y a de gens qu’il gouverne.

Oserai-je le dire ? Le plus grand mal que fait un  ministre sans probité n’est pas de desservir son prince et de ruiner son peuple : il y en a un autre, à mon avis, mille fois plus dangereux ; c’est le mauvais exemple qu’il donne. Quel plus grand crime que celui que commet un ministre lorsqu’il corrompt les mœurs de toute une nation, dégrade les âmes les plus généreuses, ternit l’éclat des dignités, obscurcit la vertu même, et confond la plus haute naissance dans le mépris universel ? De Paris, le 11 de la lune Rahmazan

Traduit du Persan par Jean-Claude Ribaut

 * Les Lettres persanes sont un roman épistolaire rassemblant la correspondance fictive échangée entre deux voyageurs persans, Usbek et Rica, et leurs amis restés en Perse. Publié anonymement par Montesquieu en 1721.

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