Retour à la liste

L'hypothèse de l'alternance

 

Dans six mois, c’est-à-dire demain, la France élira son président de la République pour cinq ans. Et l’on sait d’ores et déjà que, sauf imprévu, ce sera soit Nicolas Sarkozy, soit François Hollande. Dans le premier cas, les Français auraient accepté de réélire leur président actuel pour un second et dernier mandat. Dans le second, et trente et un ans après 1981, ils auraient pensé qu’était venu le temps d’une nouvelle alternance.

 

Dans le premier cas, une droite usée par seize ans de pouvoir chiraquien et postchiraquien, déconsidérée par de sombres affaires qui sont déjà au niveau judiciaire, et minée par d’irrépressibles rivalités entre ses dirigeants en reprendrait pour cinq ans. Dans le second, arriverait aux affaires une gauche écartée du pouvoir depuis plus d’une décennie, rassemblée derrière un homme volontaire et talentueux mais qui n’a jamais été ministre et n’a rien dirigé d’autre que le Parti socialiste. Le second tour du scrutin se tiendra le 6 mai prochain et la campagne proprement dite n’a pas encore commencé. La gauche a désigné son principal candidat en la personne de François Hollande, la droite n’a pas encore officialisé le sien qui devrait être, sauf énorme surprise, Nicolas Sarkozy.

 

La plupart des signes convergent pour indiquer à l’observateur le moins attentif que c’est l’alternance qui a le vent en poupe. Dans le pays de Charles de Gaulle, la droite est, en principe et par tradition, majoritaire, certes ! Mais celle qui affrontera le verdict des urnes en 2012 y va amputée du tiers de ses électeurs, pris par l’extrême droite de la famille Le Pen, d’un côté et, de l’autre, par le centre de François Bayrou. En outre, elle se présente devant les électeurs en responsable d’une France plombée depuis plus de trois ans – ainsi d’ailleurs que ses voisins européens – par une crise économique et financière qui paraît sans fin et maintient la croissance annuelle à un niveau désespérément bas (entre 1 et 2 %). En découlent un chômage élevé (aux environs de 9 %de la population active), une inquiétante désindustrialisation, source d’un grave déséquilibre du commerce extérieur, et un endettement du pays à plus de 80%du produit intérieur brut, niveau à la fois insoutenable et que le gouvernement a le plus grand mal à faire baisser. Il faudrait donc une extraordinaire prouesse de Nicolas Sarkozy, un miracle – ou que Dieu soit de droite – pour que la droite française soit reconduite au pouvoir en mai 2012. Même si elle est hasardeuse à ce stade, l’hypothèse la plus plausible me paraît être que Nicolas Sarkozy – s’il s’est représenté – deviendra, en mai prochain, le deuxième président de la République française à ne pas être réélu. Et il n’aura fait, lui, qu’un mandat de cinq ans, contre sept pour Valéry Giscard d’Estaing…

 

On peut penser, même si on est de gauche, qu’en un sens ce serait dommage : dans un second et dernier mandat – de cinq ans, donc court –, Nicolas Sarkozy, qui a beaucoup appris des erreurs qu’il a commises au cours du premier – et qui n’aurait plus à se préoccuper de se faire réélire –, pourrait être plus assuré qu’un nouveau venu, alourdi des promesses qu’il a dû prodiguer… Mais il est bien connu qu’en démocratie – qui n’est que le moins mauvais de tous les régimes – « nous portons au pouvoir nos dirigeants alors qu’ils ne sont pas encore prêts et les en retirons lorsqu’ils ont appris et se sont rodés… »

 

Le très grand problème de la France, c’est qu’elle n’a plus aucune marge et en aura encore moins, si possible, en mai-juin 2012. Qu’il s’appelle Sarkozy ou Hollande, le président qu’elle élira dans six mois et le gouvernement qu’il désignera n’auront droit ni à l’erreur ni à l’hésitation. Sous peine de déclassement du pays.

 

Retour à la liste

Haut de page