L’apprenti sorcier
L’apprenti sorcier.

Dans un an tout juste, les Français seront en pleine campagne électorale, à la veille d’élire pour un mandat de cinq ans leur président(e) de la République.La liste des candidat(e)s à cette joute électorale n’est pas encore arrêtée et ne le sera que dans plusieurs mois. Mais la classe politique, les médias et les instituts de sondage sont déjà mobilisés. Leurs spéculations se concentrent plus particulièrement sur ceux qu’il faut bien appeler « les cinq grands ».
Trois candidats pour le Parti socialiste dont les voiles sont gonflées par l’espoir d’une nouvelle alternance, trente ans après celle du 10 mai 1981 qui a porté François Mitterrand au pouvoir : Dominique Strauss-Kahn (« DSK »), Martine Aubry et François Hollande.
Deux candidats pour la droite et l’extrême droite : Nicolas Sarkozy, le président sortant, se battrait pour obtenir un second (et dernier) mandat ; Marine Le Pen, présidente du Front national, dont elle aura réussi à faire, en peu de mois, un parti qui se veut « républicain » et de gouvernement.
Les instituts de sondage profitent de l’aubaine autant qu’ils le peuvent : ils abreuvent l’opinion « d’intentions de vote du moment », dont, inévitablement, on fait des « mesures d’audience ».
« Les intentions de vote » exprimées en mars ont été un énorme pavé dans la mare : toutes sans exception ont en effet crédité Marine Le Pen et l’extrême droite de scores élevés – 20 % à 25 % – que le Front national n’avait jamais approchés et qui ont secoué le monde politique à gauche comme à droite.
Ce qui a assommé les dirigeants des partis traditionnels (dits « républicains »), c’est que les thèmes de Marine Le Pen progressent indiscutablement et acquièrent droit de cité dans l’Hexagone.
Désormais, face à tous les candidats de gauche et de droite – « DSK » et Sarkozy inclus –, elle a une chance de se classer numéro un ou deux et de parvenir ainsi au second tour.
Non par surprise et « accident électoral » comme son père en 2002, mais grâce à une double évolution : celle, légère et cosmétique, du Front national, et celle, structurelle, de l’opinion française.
En France, le Front national est en train de -devenir l’une des trois grandes formations politiques et de faire partie intégrante du jeu national pour des raisons françaises. Et si sa jeune présidente (42 ans) voit s’ouvrir un boulevard devant elle, si elle s’érige en coleader de la droite, c’est -également pour des raisons qui sont principa-lement françaises.
Dans cette Europe où, presque partout, l’extrême droite progresse, la France reste un cas particulier, voire unique. Le principal responsable de cette évolution dramatique ne l’assume pas en public et n’est pas encore désigné. Mais cela ne saurait tarder : il s’appelle Nicolas Sarkozy.
Dès 2007, pour obtenir son premier mandat de président, Sarkozy a enfourché les principaux thèmes du Front national, les a intégrés à ceux de son parti, l’UMP, et à sa campagne. Cela lui a réussi, mais, ce faisant, il a créé une proximité politique certaine entre les deux partis. Et, surtout, il a habitué l’opinion aux thèses du père et de la fille Le Pen.
Que dit Nicolas Sarkozy, aujourd’hui même, en prélude à sa nouvelle campagne ? Qu’il est bien obligé de le constater : « Les valeurs des Français ont évolué vers la droite », la majorité d’entre eux ressent qu’ « il n’y a pas assez d’autorité et de fermeté, pas assez de sécurité, pas assez de travail ».
L’auteur de cette analyse a-t‑il été un apprenti sorcier ? Et sera-t‑il éliminé au premier tour par cette Marine Le Pen dont il a favorisé l’émergence ? ou bien parviendra-t‑il à l’utiliser pour que la droite et lui-même conservent le pouvoir en France pour cinq années de plus, avec l’extrême droite ?
Réponse dans treize mois.






