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Mâle d'amour

Il y a deux cent mille ans, les femmes ne choisissaient pas les hommes les plus beaux, mais ceux capables de les protéger. Les plus forts, donc.
Plus il était intimidant, plus Homo sapiens avait des chances de l'emporter sur ses rivaux.(crédit : Alfred Gescheidt/Getty images)   Plus il était intimidant, plus Homo sapiens avait des chances de l'emporter sur ses rivaux.(crédit : Alfred Gescheidt/Getty images)  

Les scientifiques, tant américains qu'européens, s'accordent sur le fait que, dans les pays développés, la séduction repose principalement - mais pas exclusivement - sur le degré d'attirance physique qu'une personne exerce sur une autre. La beauté, l'élé­gance, l'aspect extérieur global sont donc des critères essentiels pour le choix du partenaire, et sont à l'origine d'industries qui génèrent plusieurs centaines de milliards de dollars par an.

Et pourtant, choisir son conjoint s'apparente à une véritable quête. Pour preuve, à elle seule, la France comptait 15 millions de célibataires 1 en 2009 - trois fois plus qu'il y a dix ans -, soit près d'un tiers de la population en âge de se marier, alors même que nous en sommes à l'ère du portable et des réseaux sociaux. Cela pourrait être beaucoup plus simple si l'être humain s'en tenait à ses instincts primitifs. C'est ce qui découle de l'étude de l'anthropologue David A. Puts sur le choix du partenaire sexuel chez l'homme 2.

Le principe de l'évolution des espèces est un processus faisant systématiquement apparaître des caractéristiques physiques et/ou comportementales destinées à remplir une fonction précise. Les recherches menées par le scientifique américain visent à expliquer quelles sont les particularités issues des mécanismes de sélection du partenaire et comment elles ont été engendrées. Pour cela, il a fallu remonter aux origines de l'espèce, près de 200 000 ans en arrière, au temps des premiers Homo sapiens, qui vivaient en groupes constitués de mâles et de femelles.

L'individu de sexe masculin devait trouver le moyen de se démarquer de ses rivaux pour avoir la possibilité de se reproduire, de s'assurer une descendance. Il aurait pu choisir de se parer de beaux atours, à l'instar du paon qui fait la roue pour séduire, mais le contexte ne s'y prêtait pas, en raison de la multitude des adversaires au sein et à l'extérieur du groupe - il n'était pas rare en effet que des mâles s'attaquent à d'autres groupes pour mettre la main sur leurs femelles. Difficile par conséquent pour les demoiselles de s'y retrouver dans de telles conditions.

C'est donc par ses capacités physiques et aussi de dissuasion qu'un mâle pouvait sortir du lot. Plus il était intimidant, fort et rapide, plus il avait de chances de l'emporter en cas de combat et d'avoir ainsi la priorité pour s'accoupler. Il y avait également d'autres avantages, notamment la possibilité d'avoir plus de nourriture et de contrôler de plus vastes territoires. Autant d'atouts qui suscitaient l'intérêt des femelles, soucieuses de leur survie et de celle de leurs petits. Un mâle fort et bénéficiant de ressources importantes pouvait ainsi s'accoupler avec plusieurs d'entre elles, qu'il gardait jalousement.

En évoluant, les premiers hommes ont amélioré leurs aptitudes physiques, tout en les transmettant à leur progéniture. Ainsi, la pilosité faciale est restée importante, contrairement au reste du corps, tandis que la tonalité vocale s'est faite plus grave. De quoi effrayer et repousser des rivaux moins imposants. S'il fallait malgré tout aller au combat, la masse musculaire, l'épaisseur des sourcils ou encore la forme de la mâchoire constituaient des armes non négligeables : les muscles permettent de porter des coups puissants, les sourcils protègent les yeux, tandis que la mâchoire s'est endurcie pour mieux encaisser les chocs.

C'est en développant ses aptitudes à se battre, et donc sa capacité de séduction, que le corps de l'Homo sapiens mâle s'est différencié de celui de ses congénères de sexe féminin. Une mâchoire d'homme est aujourd'hui cinq fois plus résistante qu'une mâchoire de femme. Il en va ainsi pour nombre de caractéristiques physiques : l'homme est globalement plus grand, plus rapide et plus musclé. De même, la nécessité d'affronter ses rivaux l'a conduit à modifier certains aspects de son comportement. Il est plus agressif et plus violent. L'étude de David A. Puts met ainsi en évidence que 95 % des homicides perpétrés à l'encontre d'individus du même sexe sont commis par des hommes, et ce quels que soient les époques et les lieux pour lesquels il existe des références et des statistiques. Il ne serait donc pas étonnant que la bêtise et l'alcool ne soient pas les seules causes expliquant que deux hommes se battent pour une dame...


Dans ce contexte, les femelles sapiens ont appris à reconnaître les indices leur permettant d'identifier un mâle capable de les protéger, elles et leur progéniture, de la convoitise des autres mâles, mais également de les faire vivre. Pourtant, l'affaire aurait été trop simple - et au demeurant trop inégalitaire - si seul le critère de la force physique avait eu de l'impact. Car, en amour, rien n'est jamais simple ! Les femelles favorisaient parfois certains candidats en raison de la qualité de leurs gènes : il ne fallait pas plaisanter avec la capacité de résis-tance aux maladies et aux parasites, il en allait de l'avenir de l'espèce.

Ce patrimoine invisible a été fondamental pour le développement de la race humaine. Car, malgré les muscles épais et les barbes bien fournies, seuls les sujets capables de survivre aux attaques bactériennes et parasitaires - ou tout du moins à même de les surmonter plus facilement que les autres - étaient en mesure d'assurer une descendance mieux préparée génétiquement. Restait à savoir comment les identifier.

Une fois encore, tout est question d'anatomie. L'étude tend à démontrer que les descendants des hommes les moins résistants face à la maladie ont développé des asymétries corporelles dans des parties du corps censées être naturellement symétriques. David A. Puts a réussi à établir une corrélation entre le succès de certains hommes auprès des femmes et leur parfaite harmonie anatomique. Instinctivement, elles ont une attirance physique pour eux.


Lorsqu'il réunit tous ces attributs, l'Homo sapiens mâle est dit « dominant » et sera convoité par un grand nombre de femelles. Et plus il aura de prétendantes, moins il s'investira auprès d'elles et de leurs enfants, obnubilé par l'idée d'entretenir et de renouveler son gynécée. Si l'on transpose les conclusions de l'anthropologue à nos contemporains, trouver l'homme idéal serait chose aisée. Il suffirait de chercher un individu grand, musclé, barbu et symé­trique, souffrant d'un besoin chronique de diversité en matière de partenaires sexuelles ! Il semblerait que la nature humaine ait, pour certains, évolué autrement, mais comme le disait Marcelle Auclair 3, « pour supporter les infidélités d'un mari, mieux vaut aimer son amant » !

  • 1. L'Insee définit comme célibataires les individus non mariés, y compris les personnes « pacsées » ou vivant en concubinage et les enfants de moins de 15 ans. Les veufs ne sont pas considérés comme célibataires.
  • 2. « Beauty and the beast : mechanisms of sexual selection in humans », de David A. Puts, Department of Anthropology, Pennsylvania State University, mai 2010.
  • 3. Écrivaine française, fondatrice du magazine Elle.

 


Désir, quand tu nous tiens...
Contrairement à l'idée reçue, l'amour n'est pas tant une affaire de c?ur que de cerveau. Et tout passe par l'odorat.

Le c?ur qui s'emballe, des n?uds dans le ventre, un air benêt... Ces symptômes sont ceux, non pas d'une maladie, mais bien du sentiment et du désir amoureux. Le corps réagit, envoie des signaux qui nous renseignent sur notre état psychologique, car, contrairement à l'idée reçue, l'amour n'est pas une affaire de c?ur, mais de cerveau.
En effet, l'attirance et le désir se manifestent par une production massive (et subite !) de dopamine 1 et par la perte de tout sens critique. Mais, avant de se laisser aller pleinement à la passion amoureuse, un certain nombre de tests doivent être passés avec succès par les deux membres du futur couple : ce sont les mécanismes cérébraux de sélection du partenaire. L'apparence physique, la symétrie du corps en font partie. Mais que se passe-t il dans nos têtes lorsque l'on s'éprend de quelqu'un ?
Prenons un individu « A » attiré par un individu « B ». Le cerveau de A va « scanner » B - et vice versa - pour récolter des informations que lui seul sera capable de décrypter. C'est au niveau de l'odorat que tout se joue, car A et B émettent et échangent à leur insu des signaux odorants, véritables stimuli sensoriels qui entraînent des réactions hormonales chez l'un et chez l'autre. En effet, la partie du cerveau où sont gérées les émotions réceptionne également les informations concernant les odeurs puis les analyse, tant et si bien que, si A et B ont des goûts communs, leurs cerveaux les identifieront et apprécieront ces affinités - dans une certaine mesure, car il faut garder à l'esprit que l'amour sert initialement à s'assurer une descendance enrichie génétiquement. Pour cela, un brassage des gènes est nécessaire. C'est pourquoi les similitudes doivent rester un caractère secondaire.
Par ailleurs, le cerveau humain garde en mémoire toute une série de stimuli liés à l'enfance - voix, odeurs, attitude du père ou de la mère -, cet attachement n'étant qu'un préalable à l'attirance sexuelle. Il implique les mêmes mécanismes cérébraux en faisant réagir l'hypothalamus - qui contrôle les sécrétions hormonales de l'hypophyse, laquelle coordonne les autres glandes de l'organisme - et l'ensemble du système limbique 2. Ainsi, lorsqu'un adulte rencontre quelqu'un dont la voix ou l'odeur lui rappelle celle de l'un de ses parents, son cerveau reconnaît ces stimuli et y réagit positivement, facilitant ainsi l'apparition du sentiment amoureux.
Le coup de foudre n'existerait-il finalement pas ? Serions-nous conditionnés pour n'aimer que ceux ou celles que notre cerveau choisit pour nous ? Le processus est plus complexe, car le psychisme joue lui aussi un rôle déterminant, prêt à passer outre les injonctions de la chimie. Ainsi, que l'on se rassure, chaque histoire est unique, n'en déplaise au système limbique. J.B.

  • 1. Neurotransmetteur nécessaire à l'activité normale du cerveau.
  • 2. Le système limbique est considéré comme le « cerveau » des émotions et de l'affectif.

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