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Al-Qaïda, c'est fini

Parce que les musulmans n'ont jamais adhéré aux pratiques barbares de l'organisation de Ben Laden et de Zawahiri, la stratégie du djihad planétaire a échoué. Tel est le diagnostic du politologue et historien Jean-Pierre Filiu, l'un des grands spécialistes français de l'islamisme.

Manifestation de femmes contre le terrorisme après les attentats de Bombay, en novembre 2008.(crédit : Atul Loke/Panos-Rea)Manifestation de femmes contre le terrorisme après les attentats de Bombay, en novembre 2008.(crédit : Atul Loke/Panos-Rea)

Des attentats kamikazes quotidiens en Afghanistan, au Pakistan, en Irak, des complots déjoués au c?ur de l'Amérique, Oussama Ben Laden introuvable... Neuf ans après les opérations du 11-Septembre, qui ont inauguré le terrorisme sans frontières, Al-Qaïda n'a apparemment rien perdu de sa force de frappe. Pourtant, tel n'est pas le jugement de Jean-Pierre Filiu. L'organisation a éclaté en plusieurs groupes autonomes et se trouve aujourd'hui en plein déclin. Le pronostic de l'un des meilleurs spécialistes de l'islamisme et de ses dérives se fonde sur une connaissance sans cesse actualisée. L'auteur des Neuf Vies d'Al-Qaïda examine ici les différents foyers du mouvement terroriste : Afghanistan, Pakistan, Irak, Yémen, Sahel, Somalie... Ses analyses, parfois inattendues, toujours étayées, emportent la conviction. Si la stratégie d'Al-Qaïda a vécu, la marque Al-Qaïda peut être un leurre. En Irak, elle est devenue un masque commode qu'utilisent les baasistes - et pas seulement eux.

Autre révélation de Filiu : en Somalie, la « signature Al-Qaïda » est aléatoire. Les shebab ont bien fait allégeance à Ben Laden, lequel s'est gardé de leur accorder sa bénédiction. Pourquoi ? Car il tient à préserver la « pureté arabe » de son mouvement et succombe à ce qu'il faut bien appeler un racisme à l'encontre des Africains subsahariens. Mais c'est la conclusion du professeur qui devrait faire réfléchir : c'est l'islam, l'islam réel, l'islam des musulmans qui a eu raison d'Al-Qaïda en la réduisant à une secte sans avenir. Barack Obama ne dit d'ailleurs pas autre chose lorsque, à l'occasion du 9e anniversaire du 11-Septembre, il proclame : « Ce n'est pas une religion qui nous a attaqués. » H.B.

 

La revue : Vous avez écrit récemment : « Jamais les États-Unis, n'ont été aussi proches de pouvoir tourner la page du 11-Septembre, et la proximité de ce dénouement possible dramatise d'autant le bras de fer avec l'organisation d'Oussama Ben Laden. » Dans la « guerre contre le terrorisme » déclenchée par George W. Bush, il s'agirait donc du dernier quart d'heure ?
Jean-Pierre Filiu : Nous aurons en tout cas la réponse dans les mois qui viennent. J'ai essayé d'analyser sur les vingt dernières années la façon dont Al-Qaïda a développé ses neuf vies successives. Soit cette neuvième vie est la dernière, soit l'organisation arrive une nouvelle fois à se transformer. Ma crainte la plus vive serait qu'une dixième vie ait pour cadre le Pakistan, et pour dynamique l'offensive terroriste actuellement menée, avec les bains de sang qui frappent régulièrement les villes du pays.
Si on prend le bilan terroriste d'Al-Qaïda sur l'année écoulée, l'écrasante majorité des victimes sont des musulmans tués en Irak et au Pakistan, où ont lieu l'essentiel des attentats. En dehors de ces deux pays, les tentatives ont généralement échoué. On se dit : « Il s'agissait de tentatives spectaculaires. » Certes, mais ce sont des échecs. Quand on envoie un kamikaze et qu'il meurt avant d'avoir tué le vice-ministre saoudien de l'Intérieur, c'est un échec. Idem pour l'ambassadeur Britannique au Yémen. Idem pour le vol Amsterdam-Detroit... Or une organisation terroriste à vocation planétaire vit de cette capacité à projeter sa terreur de manière mondiale et transfrontalière.

 

L'opération de Khost, dans l'est de l'Afghanistan, est assez spectaculaire et bien montée.
C'est un très joli coup. Al-Qaïda a réussi, le 30 décembre 2009, à décapiter la CIA sur place. Cinq agents américains ont été tués, dont certains des meilleurs spécialistes de Ben Laden, ainsi qu'un officier jordanien. Mais de deux choses l'une : soit une organisation terroriste poursuit ses objectifs politiques, généralement ambitieux et dépassant ses capacités réelles, soit elle mène sa contre-guerre de vengeance et de représailles contre les services de sécurité qui la pourchassent. Et là, on n'est plus dans l'action politique, on est dans la guerre des ombres, dans la guerre des services.

 

Une telle opération dénote néanmoins une certaine capacité d'action...
Certes, mais politiquement ça ne change rien. Or le projet révolutionnaire d'Al-Qaïda est d'une telle magnitude qu'aujourd'hui elle ne peut se contenter de rendre coup pour coup - à supposer qu'elle en soit capable, mais c'est très loin d'être le cas quand on prend la liste, d'une part, des pertes infligées à Al-Qaïda, et d'autre part, des pertes infligées par Al-Qaïda. Mais là, j'insiste, il s'agit de règlements de comptes entre services de sécurité et organisations terroristes. On déserte le politique.
Or ce qui est très frappant, c'est que, vingt ans après sa naissance et neuf ans après le 11-Septembre, Al-Qaïda a prouvé son impuissance politique à peser sur le cours des événements. C'est évident en Irak, mais c'est aussi le cas en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen et au Maghreb. Pour les populations afghanes ou pakistanaises, qu'Al-Qaïda puisse se venger de la CIA ou pas, cela ne change strictement rien. C'est même un signe que l'organisation est sur le déclin, qu'elle ne se soucie que de sa survie et qu'elle a pour priorité de venger ses dirigeants - les derniers attentats ont tous pour but de venger la mort de tel ou tel chef d'Al-Qaïda. Le massacre de Kampala, perpétré le 11 juillet 2010 par les milices shebab, est dédié à la mémoire d'un chef d'Al-Qaïda qui avait été tué en 2009 dans le sud de la Somalie. Un tel coup fait peut-être sens pour les partisans de Ben Laden, mais pour les populations et pour les autres mouvements politiques qui eux sont engagés, qui dans une guérilla, qui dans une insurrection, qui dans une contestation sociale, c'est complètement incompréhensible.
C'est pourquoi je parle de déclin, en constatant que désormais Al-Qaïda parle d'elle-même à elle-même, à des gens qui sont déjà ses partisans. D'ailleurs, elle a des problèmes majeurs de recrutement. Ce sont toujours les mêmes personnes qui sont mises sur le devant de la scène parce que, après tout, venger Abou Omar al-Baghdadi, le « calife » d'Al-Qaïda en Irak, ou venger Baitullah Mehsud, le chef des talibans pakistanais, n'intéresse pas grand monde, en dehors de leurs partisans respectifs.

 

Et l'opération du commandant Nidal Hasan à Fort Hood, le 5 novembre 2009 ?
Là, il y a un grand point d'interrogation que je suis incapable de lever. « Opération », c'est un grand mot. Voilà un psychiatre de l'armée américaine, d'origine jordano-palestinienne, qui sur la base de Fort Hood au Texas - par laquelle transite l'essentiel des commandos se rendant en Irak et en Afghanistan - a apparemment eu une crise de folie, pris une arme et tué treize de ses camarades. C'est la version officielle.
Depuis, Al-Qaïda présente le commandant Nidal Hasan comme un de ses partisans infiltrés derrière les lignes ennemies. J'ai personnellement les plus grands doutes sur la réalité de cette affiliation. Une fois n'est pas coutume, on aurait affaire à un « loup solitaire », concept cher aux analystes américains, c'est-à-dire un musulman isolé qui va se radicaliser à la suite d'un choc. Le commandant Hasan occupe néanmoins une place très importante dans la propagande d'Al-Qaïda, parce qu'il est le modèle proposé aux futures recrues qu'elle espère dénicher dans les pays occidentaux.
C'est là où le bât blesse. Le message religieux - ou supposé religieux - est complètement discrédité depuis des années, au regard de l'incapacité d'Al-Qaïda à l'incarner. Il avait quelque cohérence lorsqu'elle paraissait animer le djihad antiaméricain en Irak, mais il s'est effondré avec elle. D'où la volonté, aujourd'hui, d'utiliser des musulmans installés de longue date dans les pays occidentaux et de créer ainsi un cycle de violence raciste voué à creuser un fossé de sang et d'incompréhension entre les communautés musulmanes et le reste de la population. Al-Qaïda espère s'engouffrer dans cette brèche pour recruter 10, 20, 30 partisans, voire davantage. Mais là encore, ça ne marche pas.
L'attentat du 7 juillet 2005 à Londres est celui qui correspondrait le plus à ce modèle presque idéal pour Al-Qaïda. Ce sont des ressortissants britanniques d'origine pakistanaise ou jamaïcaine qui ont commis les attentats, et qui s'étaient donc radicalisés alors qu'ils étaient nés et avaient été élevés en Occident. On peut constater qu'il n'y a eu aucun attentat de ce type depuis, soit parce qu'ils ont été déjoués, soit tout simplement parce que leurs commanditaires étaient incapables de les réaliser.
Par ailleurs, les kamikazes de Londres ont enregistré leurs revendications posthumes au Pakistan, en précisant que leurs actes étaient une riposte à ce qui se passait en Irak et au Pakistan, non pas en Grande-Bretagne, et sans remettre en question la condition des musulmans dans ce pays. De même pour le commandant Nidal Hasan : il tue des gens qui vont en Irak ou en Afghanistan, sans dire que c'est ainsi que le djihad doit être lancé sur la terre d'Amérique.

 

Autre cas, celui du Nigérian Umar Farouk Abdulmutallab avec la tentative d'attentat sur le vol Amsterdam-Detroit...
Il s'agit presque d'une caricature de ce que j'appelle « les nomades de la globalisation ». Ce jeune garçon n'était plus vraiment nigérian, il n'était pas yéménite, il était de nulle part. Les quelques vidéos de son entraînement au Yémen montrent quelqu'un de malhabile dans l'utilisation des fusils d'assaut, et qui a heureusement prouvé par la suite qu'il était tout aussi maladroit avec des explosifs. Les nomades de la globalisation sont exaltés, polyglottes, ont des passeports qui leur permettent de circuler, mais sont généralement assez peu performants en termes opérationnels. Ce qu'on gagne d'un côté, on le perd très largement de l'autre.

 

Que dire du Pakistanais Faisal Shahzad, responsable de l'attentat manqué à Times Square, le 1er mai 2010 ?
Moins caricatural qu'Umar Farouk Abdulmutallab, c'est un garçon de bonne famille. Il n'est pas aussi riche que le Nigérian, qui est le fils d'un grand banquier, il est quand même le rejeton d'un des plus grands généraux du Pakistan. C'est quelqu'un qui est entre deux mondes, qui a obtenu la carte verte [document permettant aux citoyens non américains de s'installer et de travailler légalement sans besoin de visa, ndlr], puis la nationalité américaine. La revendication qu'il a enregistrée montre un garçon emprunté qui ânonne en anglais des citations de l'islam et qui est visiblement dépassé par le message qu'il entend revendiquer, et surtout incapable de le justifier sur le plan religieux. On sent une leçon mal apprise, mal régurgitée, et en fait un immense malaise.

 

Ce sont donc des marginaux ?
Des gens à la périphérie, des paumés - dans le sens où ils n'ont plus de repères - qui ont trouvé en Al-Qaïda une boussole.

 

Qu'ont-ils en commun ?
C'est justement ce qu'il y a de plus troublant actuellement, il n'y a plus de profil type. En revanche, il y a des milieux qui favorisent la vulnérabilité. Il est certain qu'une personne ayant une bonne connaissance de l'islam risque beaucoup moins de tomber dans les filets de l'organisation que quelqu'un qui ne sait rien de cette religion. Une personne avec un entourage - familial, social, tribal - solide succombe moins qu'une personne qui n'en a pas. De même, quelqu'un de solide dans ses racines et dans son identité, qui sait où il va et quelles sont ses perspectives d'avenir, risque moins de « tomber » que quelqu'un de moins stable psychologiquement. On a donc plutôt affaire à des personnalités périphériques, fragilisées, en demande d'un prêt-à-penser. Al-Qaïda leur fournit directement ou par Internet, à travers ces sites djihadistes particulièrement nocifs qui véhiculent des concepts de mort étrangers à l'islam, une idéologie sectaire.
À bien des égards, on peut faire des parallèles, non seulement avec différentes sectes assassines - au sens propre - de l'histoire de l'islam, mais aussi avec la secte Aum, dans le Japon contemporain, qui a organisé plusieurs attentats dont celui au gaz sarin dans le métro de Tokyo en mars 1995 : un gourou charismatique, une volonté de maintenir un contrôle très étroit sur les membres du groupe, et en même temps - par chance - des défaillances dans la chaîne de commandement ou dans la conduite opérationnelle des attentats, qui font que le pire ne se produit pas toujours.

 

Les djihadistes du 11-Septembre sont plus sophistiqués. Ils ont fait des études supérieures, ont une forte personnalité...
C'est ce que je décris dans Les Neuf Vies d'Al-Qaïda. Le commando du 11-Septembre se structure dans un espace physique, celui des camps d'entraînement en Afghanistan. La cellule de Hambourg vient en Afghanistan se mettre au service d'Al-Qaïda pour se battre, à l'époque, aux côtés des talibans. C'est d'ailleurs sur place qu'ils sont recrutés pour cette opération antiaméricaine. De même, c'est en Afghanistan que l'on recrute ceux qu'on va appeler « les muscles », c'est-à-dire les Saoudiens chargés de brutaliser les passagers si jamais ils faisaient mine de se révolter. Ensuite, ils ont eu un an et demi pour préparer l'attentat.
Que voit-on aujourd'hui ? Umar Farouk Abdulmutallab est recruté en quelques semaines, programmé et envoyé sur une opération qui a une chance assez minime de réussir, sans structure de soutien, sans plan B et sans possibilité de repli. Et c'est le cas pour tous, d'où mon analyse persistante du déclin. L'organisation aurait sans doute besoin d'un attentat majeur - vous imaginez les répercussions si jamais l'avion avait explosé au-dessus de Detroit, si jamais la bombe avait sauté à Times Square... À coup sûr, Al-Qaïda en aurait profité. Mais, alors que son sort dépend de la réussite d'un coup d'éclat de ce type, elle n'arrive pas à le mettre en ?uvre, ce qui est le signe d'un déclin opérationnel confirmé.

 

L'attentat de Kampala du 11 juillet 2010 a hélas atteint son objectif...
C'est l'exception : 74 morts dans deux cafés où on regardait la finale du Mondial sud-africain. C'est l'?uvre des milices shebab, qui avaient déjà pratiqué de nombreux attentats-suicides sur le territoire somalien. Ce n'étaient donc pas des novices. Ils essaient, en projetant la terreur en Ouganda, de fragiliser la force panafricaine présente en Somalie. Ici, on est dans quelque chose de pensé, qui n'a rien de spontané et qui répond à une planification, à une organisation.

 

C'est labellisé Al-Qaïda ?
Pour Kampala, ce n'est pas labellisé Al-Qaïda. C'est d'ailleurs un paradoxe assez intéressant, pour lequel j'ai une explication que je vous soumets. Les shebab ont prêté allégeance à Ben Laden, qui en retour ne les a pas intégrés à son organisation. Mon intuition est que, sous ses dehors de bon musulman pour qui les races ne comptent pas, Ben Laden a un vrai problème avec les Africains subsahariens. D'une part en raison de son expérience personnelle au Soudan, qui n'a pas toujours été positive, d'autre part au nom d'une volonté de conserver une nature profondément arabe à l'organisation.

 

Peut-on parler d'une survivance de l'esclavage ?
Une survivance de l'esclavage qui est un retour du refoulé. Elle est apparue lors de l'élection de Barack Obama, quand Ayman al-Zawahiri a insulté le président élu en le traitant d'âabid (esclave domestique). Dans le cas de Zawahiri, c'est celui qui, chez ses grands-parents, était affecté aux tâches les plus viles de la maisonnée. En tout cas, si seule la stratégie comptait, les shebab auraient d'ores et déjà été intégrés comme branche d'Al-Qaïda pour la corne de l'Afrique. On constate sur un autre plan le même phénomène en Asie du Sud-Est, où on a aussi refusé d'intégrer une organisation qui avait prêté allégeance, issue de la Jamaa Islamiya.
Cette volonté de conserver la dimension arabe ne cesse quand même d'étonner : une organisation créée au Pakistan en 1988, dont aujourd'hui la direction se trouve presque intégralement au Pakistan et qui n'a aucun Pakistanais dans ses cadres, qui noue des relations de collaboration avec des Pakistanais et des Afghans mais qui n'a jamais eu un Pakistanais ou un Afghan parmi ses responsables !

 

La guerre en Occident est-elle l'objectif numéro un d'Al-Qaïda aujourd'hui ?
L'objectif actuel est de sauver Al-Qaïda. Et comment peut-on la sauver ? En attirant l'Amérique, « l'ennemi lointain », sur le territoire de « l'ennemi proche ». C'est la même logique que pour le 11-Septembre, mais avec des partisans moins bien préparés et donc moins efficaces qui doivent faire une provocation sur le territoire américain ou d'autres territoires occidentaux - mais là, on touche à la division djihadiste du travail, si j'ose dire, qui fait que la direction d'Al-Qaïda a assigné l'Europe et surtout la France aux djihadistes algériens d'Al-Qaïda au Maghreb islamique [Aqmi].

 

Passons en revue, si vous le voulez bien, ce que vous appelez les « quatre pôles » d'Al-Qaïda. Commençons par Al-Qaïda central.
C'est le centre névralgique, celui dont tout dépend parce qu'il est incarné par Ben Laden, à qui tout le monde doit prêter allégeance personnelle et absolue, soit directement, soit par l'intermédiaire de son chef de groupe, comme ce fut le cas pour l'Irak et l'Algérie. Ben Laden se distingue par sa dimension de visionnaire, mais le vrai commissaire politique, l'organisateur à ses côtés, est Ayman al-Zawahiri.

 

Selon vous, Ben Laden est-il vivant ?
Il s'est encore exprimé il y a quelques mois, mais ce sont des enregistrements. L'identification de ces messages - effectuée grâce à des techniques que je serais bien incapable d'expliquer -, sans être aussi fiable que celle des empreintes digitales, en est assez proche. Il y a aussi des chefs de guerre afghans et pakistanais qui affirment avoir été en contact avec lui, avoir reçu soit des messages, soit des soutiens de différentes formes émanant de lui.

 

S'il était mort, ses compagnons l'auraient sans doute annoncé...
On peut toujours imaginer une mise en scène de la mort si celle-ci sert les intérêts supérieurs de l'organisation. Avec Al-Qaïda, on est, d'un point de vue organisationnel, dans l'opportunisme absolu. Sauf que - c'est un raisonnement par défaut - aucune personnalité n'a le charisme qui lui permettrait de remplacer Ben Laden. On voit bien que Zawahiri, malgré son impact, serait incapable d'avoir la même autorité. Donc je crois qu'on sentirait très vite des flottements dans le fonctionnement d'Al-Qaïda au jour le jour si la direction stratégique qui continue d'être impulsée par Ben Laden souffrait le moindre affaiblissement, et a fortiori s'il était mort.

 

Al-Qaïda lui survivrait-elle ?
En tout cas pas Al-Qaïda dans sa forme actuelle, qui est la seule que l'on connaisse, c'est-à-dire une organisation vouée au djihad global, dans le monde entier. Si jamais il disparaissait, on aurait, à mon sens, un effritement presque mécanique de toute la toile d'allégeance tissée entre les différents groupes djihadistes.

 

Comment expliquez-vous que Ben Laden coure toujours ?
Je crois que c'est malheureusement assez simple. On est dans des endroits extrêmement difficiles d'accès, avec des sommets de 3 000 à 4 000 mètres de hauteur, avec la capacité pour des guetteurs situés à quelques points clés de surveiller tous les accès à une zone. En se déplaçant de nuit, en n'utilisant aucun appareil électronique et en s'entourant d'un noyau de fidèles d'entre les fidèles, la cavale peut durer encore longtemps.

 

On l'a vraiment raté à Tora Bora en 2001-2002...
Ce fut une erreur stratégique majeure. Donald Rumsfeld n'avait pas voulu envoyer des hommes et payer le prix : il aurait fallu laisser sur le terrain 100, 200, voire 300 militaires américains, alors que le régime taliban était tombé et que l'on ne comptait que 30 victimes côté américain. Cette guerre sans morts avait grisé Rumsfeld, qui a cru que l'affaire était réglée. Et puis surtout, l'aveuglement idéologique de la « guerre globale contre la terreur » a beaucoup joué. Il ne faut jamais oublier que les idéologues croient ce qu'ils disent. Les néoconservateurs étaient convaincus que l'Irak représentait un péril imminent et d'une tout autre dimension qu'Al-Qaïda, car Ben Laden, après tout, c'était assez artisanal. Il n'y avait pas d'armes de destruction massive, il fallait donc concentrer les moyens. Et en fait, dès l'hiver 2001-2002, l'essentiel des moyens d'interception, satellites et autres, a été dirigé vers l'Irak, et Ben Laden a pu franchir la frontière et se réfugier dans les zones tribales du Pakistan, où il se trouve sans doute encore aujourd'hui.

 

C'est donc... Saddam qui a sauvé Ben Laden !
C'est en tout cas dû à la focalisation américaine irrépressible sur Saddam et au transfert des ressources militaires et de la CIA de ce front vers le Moyen-Orient.

 

Deuxième pôle : Al-Qaïda dans la péninsule Arabique. On a l'impression que les Saoudiens s'en sont bien tirés, on les croyait fragiles et pourtant ils ont fini par contrôler la situation. Ils ont même récupéré sur le plan idéologique ceux qui étaient contaminés par le djihadisme d'Al-Qaïda.
Effectivement, les Saoudiens ont fait face en 2003-2004 au défi terroriste d'Al-Qaïda pour la péninsule Arabique avec beaucoup de vigueur, mais aussi en répondant globalement à une menace globale. À la fois par la répression, mais aussi par des programmes sociaux, par la réhabilitation de repentis et, ce qui est peut-être le plus sensible, par une réévaluation tout à fait spectaculaire de la notion de djihad, pour qu'il ne s'exporte plus d'un pays à un autre. C'est en quelque sorte le djihad dans un seul pays : il revient aux Irakiens de se battre en Irak, aux Palestiniens de lutter en Palestine, et qu'on arrête d'envoyer des volontaires ici et là. Ce qui a constitué une rupture avec tout un passé saoudien, et précisément concernant le mythe des « Afghans » : les Saoudiens justifiaient dans les années 1980 un panislamisme de combat, et ce terreau a permis à Oussama Ben Laden de monter son réseau au Pakistan, le « Bureau des services », qui a mué en Al-Qaïda.
Les Saoudiens ont été très cohérents. Il ne faut jamais oublier qu'ils ont été servis par des cours inégalés du pétrole. Des ressources financières quasi illimitées leur ont permis de neutraliser, grâce à une générosité sans réserve, les tentations révolutionnaires d'Al-Qaïda. Du côté d'Al-Qaïda, qui n'avait jamais eu de réseaux très développés, tant qu'elle parlait de libérer l'Arabie de l'Amérique, de « l'occupation des infidèles », elle pouvait avoir quelque écho. Mais à partir du moment où ses hommes attaquent des policiers et des ministères saoudiens, elle est rapidement rejetée. Non seulement par la population, qui lui était hostile depuis le début de ses campagnes d'attentats, mais aussi par les milieux les plus radicaux. D'où cette série de retraits, de désaveux, de plus en plus publics. Les médias saoudiens n'ont pas manqué d'amplifier le phénomène via des programmes où d'anciens djihadistes font leur autocritique, racontent toutes les horreurs qu'ils ont vécues dans les camps d'entraînement. Et, du coup, Al-Qaïda a dû se replier au Yémen.

 

Les Américains auraient pu « refaire du Bush » et intervenir...
C'est exactement ce qu'Al-Qaïda souhaitait pour se relancer. Heureusement, la provocation n'a pas marché. Les commandos d'Al-Qaïda au Yémen se caractérisent par un professionnalisme certain. Ils ont effectivement raté l'ambassadeur britannique en avril 2010, mais ils ont attaqué en juin 2010 la prison d'Aden, ils ont encore mené en juillet des embuscades contre les forces de sécurité, qui en retour leur ont infligé des pertes, mais les affrontements restent circonscrits. On est plutôt dans une situation d'insurrection-répression, qui là encore nous renvoie à des schémas qui ne sont pas ceux d'Al-Qaïda. Al-Qaïda au Yémen perdure, menace, mais sous une forme qui prend ses distances avec le modèle d'Al-Qaïda.

 

Pensez-vous que la participation des sunnites aux élections législatives du 7 mars 2010 en Irak porte un coup mortel à Al-Qaïda ?
Je voudrais le croire encore plus que je ne le pense, mais ce qu'on voit c'est la poursuite d'attentats extrêmement sanglants revendiqués par Al-Qaïda en Irak. Celle-ci a été décapitée en avril, et on a très peu d'informations sur ses nouveaux dirigeants. Mon intuition, c'est qu'on a eu un transfert de la « signature Al-Qaïda » vers des réseaux de type baasiste, néobaasiste ou polybaasiste qui ont une très grande efficacité opérationnelle - on l'a vu dans la coordination d'opérations contre des ministères, contre la Banque centrale, contre différentes cibles difficiles d'accès - et qui trouvent commode d'utiliser la signature Al-Qaïda pour, le moment venu, pouvoir la rejeter si jamais ils venaient à être intégrés dans une nouvelle donne politique qui aujourd'hui semble totalement bloquée.

 

Quels sont les liens entre l'organisation et les nationalistes ? Les nationalistes, ce sont les baasistes ?
Pas uniquement. Après l'invasion américaine de mars 2003, on a assisté à un éclatement de l'insurrection qui s'est traduit par une très grande confusion pendant des années, avec des dizaines de groupes. J'avais élaboré une typologie, relevant la dimension baasiste que vous mentionnez, mais aussi la dimension tribale ou religieuse. Même des groupes soufis se sont mobilisés. Une confrérie comme la Naqshbandiyya s'est dotée assez tôt d'une branche armée et a fait le coup de feu contre les États-Unis. Et puis il y a la dimension mafieuse, que j'appelle l' « évergétisme du djihad », c'est-à-dire le blanchiment des rapines des trafics et surtout les différentes contrebandes qui s'étaient développées durant les années d'embargo. On a donc affaire à des groupes très hétérogènes qui tirent leur force de leur enracinement et qui ont pu résister à la répression américaine. En revanche, l'absence de visibilité et de coordination explique leur faiblesse. C'est pourquoi ils ont accueilli Al-Qaïda, d'abord comme un renfort bienvenu, mais surtout parce qu'elle donnait du sens, une vision globale de cette grande confrontation avec les États-Unis. À partir du moment où Al-Qaïda en Irak, donc Zarqaoui, à l'époque, a frappé la Jordanie voisine, en novembre 2005, c'était la fin de sa collaboration avec l'insurrection.

 

Est-ce cette opération simultanée contre trois hôtels à Amman qui a sonné le glas de l'insurrection en Irak ?
Zarqaoui faisait du Al-Qaïda, c'est-à-dire qu'il avait établi son sanctuaire dans la province d'Anbar, dans l'ouest du pays, et à partir de là il voulait étendre ses réseaux et projeter sa terreur. La Jordanie lui semblait toute désignée, d'abord parce qu'il était jordanien, et surtout parce que son objectif, c'était Israël. Il cherchait à faire enfin la jonction entre Al-Qaïda et le théâtre palestinien. Il faut dire que pendant ses vingt ans d'existence Al-Qaïda a monté un seul et unique attentat anti-israélien. C'était à Mombasa, au Kenya, en novembre 2002, donc très loin de la Palestine. Trois Israéliens y ont trouvé la mort ainsi que dix membres d'une troupe folklorique locale. On n'était pas vraiment dans la confrontation directe... Donc les Irakiens n'ont pas suivi Zarqaoui. Et la guérilla irakienne, contrairement à ce que prévoyaient toutes les cassandres - l'Irak devenant un trou noir, le pays par lequel l'ensemble du Moyen-Orient allait s'effondrer -, s'est déroulée avec une violence parfois inouïe, mais toujours dans les frontières de l'Irak. Ce fut un combat acharné pour le pouvoir à Bagdad, mais pas pour exporter la terreur.

 

Par nationalisme ?
Mais aussi en vertu d'une réelle logique opérationnelle. Pour atteindre leur objectif, le pouvoir en Irak, les insurgés sunnites avaient besoin d'une base arrière en Jordanie. Ce raisonnement est valable aussi pour les chiites irakiens qui se battent pour l'Irak.

 

Comment expliquer la persistance des attentats en Irak ?
Aujourd'hui, la source majeure des attentats, c'est le blocage politique, l'absence d'une solution qui prenne acte du vote irakien de mars dernier. Mon intuition est que, quand on parle d'Al-Qaïda en Irak, on parle en fait des baasistes ou de leurs successeurs actuels. D'ailleurs, Abou Omar al-Baghdadi, le chef d'Al-Qaïda éliminé en avril 2010, était un ancien officier baasiste. Et il n'était probablement pas tout seul.

 

La sortie de crise pourrait-elle passer par un gouvernement d'union nationale ?
En tout cas au moins par une prise en compte des résultats du vote. C'est quand même la liste d'Iyad Allaoui qui est arrivée en tête, bénéficiant d'un vote sunnite majeur.

 

Les dirigeants d'Al-Qaïda vont tout tenter pour retarder le départ des Américains...
C'est ce qu'ils avaient fait. Ce qui constitue un des autres points de confrontation avec la guérilla irakienne. Celle-ci faisait tout pour libérer son pays, alors qu'Al-Qaïda faisait tout pour faire durer l'occupation, parce que, sans cela, l'organisation était totalement dépourvue de capacité d'attraction. C'est d'ailleurs cette contradiction que j'avais essayé de mettre en lumière dès 2006 dans Les Frontières du djihad (Fayard). Et déjà à l'époque je soutenais que c'était l'insurrection antiaméricaine, et non l'armée américaine, qui débarrasserait l'Irak d'Al-Qaïda.

 

On passe au Maghreb avec Aqmi, dont l'action se limite pratiquement à l'Algérie.
Sans doute l'organisation a-t elle échoué dans son grand dessein de Maghreb islamique, qui là aussi dépendait beaucoup de l'Irak. Le maquis de l'ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat [GSPC] n'a pu attirer des Marocains ou des Tunisiens que lorsqu'ils venaient, non pas pour faire le coup de feu en Algérie, mais pour gagner l'Irak. À partir du moment où la perspective irakienne disparaît avec l'effondrement d'Al-Qaïda, les Marocains et les Tunisiens, qui ne s'identifient pas dans le djihad algérien, reprennent leur autonomie. Quant aux Libyens, déjà affaiblis, ils ont préféré intégrer directement Al-Qaïda à travers leur propre canal.
Au Maghreb, il ne reste qu'un pays, la Mauritanie, qui a une histoire compliquée. Il y a eu des Mauritaniens à Kandahar, en Afghanistan, dès les premiers temps d'Al-Qaïda, dans les années 1990. Par exemple, Mahfouz Ould al-Walid, surnommé « Abou Hafs al-Mauritani ».

 

Est-il mort ?
Sans doute, mais je ne peux l'affirmer. On a perdu sa trace depuis des années, mais on ne sait jamais. Il peut resurgir, d'autant plus que ce n'est pas un opérationnel.

 

C'est un cheikh.
Il a lu quelques livres, mais je ne le qualifierais pas de « cheikh ». En revanche, il enseignait l'arabe à l'ombre des talibans à Kandahar, et avait alors un grand projet - qui n'a pas vu le jour - d'institut djihadiste.
Je mentionne l'enseignement parce que, au sein d'Al-Qaïda, le niveau de formation religieuse est d'une indigence absolue, et la Mauritanie a été un des rares endroits où ils en ont acquis des bribes. Même Abou Yahya al-Libi, son actuel porte-parole, qui passe pour celui qui a reçu la meilleure formation religieuse, n'a en fait étudié que deux ans, non pas à l'université de Nouakchott, mais en dehors de la ville, dans le séminaire d'un cheikh djihadiste. Ben Laden lui-même n'a jamais fini ses études de gestion, et Zawahiri est médecin. Tous ces gens-là ânonnent quelques versets, récitent les mêmes hadiths, leur culture religieuse est nulle.

 

Qu'en est-il des effectifs d'Aqmi ?
Il y a à peu près 500 personnes pour l'ensemble d'Aqmi. Un peu moins de la moitié sont dans les montagnes de Kabylie, à l'est d'Alger. Les autres - environ 300 personnes - font partie d'une des deux « katibas » (brigades) qui nomadisent dans le Sahara. D'abord la brigade de l'Ouest, celle de Mokhtar Belmokhtar, qui est le seul à avoir combattu en Afghanistan deux ans après le retrait des Soviétiques, ce qui en dit long sur sa légitimité. Il n'y a jamais tué que des Afghans, de même qu'il n'a jamais tué que des musulmans. Depuis déjà une dizaine d'années, il frappe la Mauritanie à partir d'un sanctuaire situé soit dans le Tanezrouft algérien, soit dans le nord du Mali.
L'autre brigade est celle d'Abdelhamid Abou Zeïd, plus âgé qu'Abdelmalek Droukdel et Belmokhtar mais monté en grade plus tard. Il essaie donc de s'affirmer par un activisme tous azimuts - c'est lui qui a kidnappé des Autrichiens dans le sud de la Tunisie, qui a ouvert un front dans le nord du Niger avec l'enlèvement de diplomates canadiens, et qui est venu également dans le nord du Mali provoquer les services de sécurité - et, accessoirement, il tente de remettre en question les accords tacites dont profitait son frère d'armes et néanmoins rival Belmokhtar. D'où une fixation sur le nord du Mali, où les deux katibas opèrent.

 

En Algérie, les opérations ont cessé.
2007 a été une année noire. C'est celle du lancement d'Aqmi, où l'ex-GSPC a mené des attentats-suicides des plus meurtriers, en particulier à Alger le 11 avril et le 11 décembre.
Ces attentats ont inspiré une horreur absolue à la population, y compris dans les milieux les plus radicaux, au point que Droukdel, l'émir d'Aqmi, a décidé de les suspendre.

 

L'horreur deviendrait donc dissuasive...
Même si elles mettent sur pied des attentats-suicides, ces organisations ne sont pas suicidaires. Elles ont besoin en permanence d'entretenir une base minimale, même si celle-ci est marginale, périphérique, ultra-minoritaire. Des critiques contre les attentats-suicides en Algérie ont émergé de manière éclatante lors d'un forum sur Internet mené en 2008 par Zawahiri avec les sympathisants d'Al-Qaïda. Alors même que, comme on l'imagine, les participants avaient été soigneusement triés sur le volet, il a été attaqué sur deux points : l'attitude à l'égard du Hamas, et les attentats-suicides dans des pays musulmans et contre des musulmans. Al-Qaïda a donc été confrontée à un vrai problème, d'ailleurs assez compréhensible. On le voit bien au Pakistan, où les organisations terroristes elles-mêmes ne revendiquent pratiquement jamais les attentats-suicides, sauf quand ils visent des minorités confessionnelles, ahmadis, chiites ou autres. Même position en Algérie, avec l'attaque en août 2008 contre un bus d'une société canadienne, qui a causé la mort de 12 Algériens. Mais Al-Qaïda annonce 12 morts... canadiens ! Avec cette idée que, quand on frappe « l'ennemi lointain », l'ennemi infidèle, on est censé être plus djihadiste, plus légitime que quand on massacre des musulmans.

 

Le but d'Aqmi était aussi d'être un tremplin vers l'Europe...
C'était évidemment l'objectif prioritaire de Ben Laden : la France, l'Espagne... Le 11-Septembre aurait pu se produire à Noël 1994 contre la tour Eiffel, et c'est par l'action des commandos sur l'aéroport de Marseille contre l'avion détourné par le Groupe islamique armé [GIA] qu'on a pu éviter une tragédie de cet ordre. Ben Laden sait qu'il y a un potentiel. Après avoir perdu le fil de la réalité algérienne, il y revient à partir de 2007. Les choses ont radicalement changé : le GSPC n'est plus le GIA. On est face à une organisation exsangue qui n'a réussi à perdurer que par la perspective du djihad en Irak.
Et c'est sur ce malentendu, sur la prétention du GSPC à avoir aussi une dimension internationale, que va se faire l'intégration. En 2007-2008, une série de complots sont déjoués par la coopération policière, mais les chances d'exportation d'Al-Qaïda au nord de la Méditerranée sont littéralement plombées par la fin de la perspective irakienne. On pouvait recruter des sympathisants, des soutiens, mettre en place des structures clandestines quand il s'agissait du djihad antiaméricain, mais quand il s'agit d'aider à la pose de voitures piégées en Kabylie, les volontaires se font rares. Le message d'Al-Qaïda ne passe plus du tout. Et Aqmi, qui a perdu ses réseaux, se replie sur Internet.
À cet égard, on tolère beaucoup trop de choses au nom de la liberté d'expression, alors qu'en l'occurrence ce n'est pas d'opinion qu'il s'agit sur les sites djihadistes, mais d'appels au meurtre, voire de transmission de consignes opérationnelles.

 

La perte de terrain est donc compensée par Internet ?
C'est un risque qu'il faut prendre en compte, et il est nécessaire à mon avis d'établir des contre-mesures. Il est cependant évident qu'un sympathisant recruté sur Internet ne pourra jamais avoir le même professionnalisme que quelqu'un entraîné dans un camp.

 

Comment s'effectue le recrutement sur Internet ?
En général, on a affaire à des individus isolés. La démarche se fait à trois niveaux. D'abord le site, le forum djihadiste, où on fait état de convictions de plus en plus radicales. Puis un recruteur virtuel invite le candidat potentiel à passer au moyen d'un code crypté sur un site réservé aux initiés. La troisième phase, c'est le recrutement proprement dit, qui peut se faire sur Internet - donc avec transmission de consignes, voire assignation de cibles.

 

Le reste, c'est de la propagande, avec des textes qui sont toujours les mêmes ?
Toujours : les vidéos, les appels au meurtre... Ce qui me parait le plus dangereux, c'est ce prêt-à porter idéologique, c'est-à dire cette nouvelle religion, cette secte qui réduit l'islam à fort peu de chose. À coups de citations assénées en boucle, on prêche le djihad pour le djihad. C'est d'ailleurs pourquoi je reste convaincu du caractère stratégique du déclin d'Al-Qaïda. Le rapport à l'islam est profondément vicié, non seulement parce que le musulman dont l'organisation parle n'existe pas, mais aussi parce que l'islam dont elle parle n'existe pas, et donc elle sera tentée à un moment de s'autonomiser et de faire de ses propres cheikhs la source de légitimité. Désormais, il n'y a pratiquement plus aucun cheikh, aucun ouléma, aucune autorité qui puisse légitimer son discours.

 

Un mot sur l'utilisation de l'anglais, avec Inspire...
Inspire, c'est un magazine mis en ligne où on parle de tout, y compris du réchauffement climatique. D'abord, rien de nouveau, ce sont des reprises d'articles. Ce n'est pas la première fois qu'Al-Qaïda utilise l'anglais, voire des anglophones - comme Adam Gadahn et d'autres, qui ont servi la propagande de l'organisation. En revanche, on peut s'interroger sur la façon dont cet Inspire s'est retrouvé juste au bon moment dans la boîte e-mail de journalistes qui comptent. Je n'en dirai pas plus, mais à une certaine époque on appelait ça les « black ops », les « opérations psychologiques ».

 

Mais encore ?
C'est déjà de la cuisine, si je puis me permettre, vu qu'un des articles d'Inspire explique « comment créer une bombe dans la cuisine de sa grand-mère » ; là, c'est plutôt « comment créer un site attrape-mouches - comme disent les spécialistes - en le crédibilisant médiatiquement ». Et après, on attend de voir qui vient sur ce site...

 

Vous croyez que c'est un coup tordu ?
Je ne l'exclus pas. Cela dit, quel que soit son émetteur, la propagande djihadiste est intéressante en soi. Le problème n'est pas tant de savoir si ce site participe d'une manipulation. Après tout, le kamikaze de Khost menaçait le professeur de philosophie français Robert Redeker sur Internet sous un pseudo tout à fait connu, Abou Doujana al-Kharassani. Les Américains le savaient et l'ont laissé faire. Ce qui ne veut pas dire qu'ils manipulaient une éventuelle attaque. Je le répète, on est dans la guerre des ombres - qui fournira peut-être de la matière à de très bons romans ou à des séries télé -, mais politiquement cela ne change rien. Dans le même ordre d'idée : récemment, une agence de renseignement américaine a démoli un site djihadiste qui avait été créé par une autre agence de renseignement américaine.

 

Ce sont donc des « tirs amis »...
Absolument.

 

Vous soutenez que l'islam réel a eu raison d'Al-Qaïda.
Ce qui est important, c'est qu'il a résisté. Il y est parvenu parce qu'il est en première ligne d'une guerre totale - philosophique, politique, religieuse -, puisque Al-Qaïda s'attaque aux fondements de la religion islamique elle-même. C'est une guerre qui a fait plus de morts dans les pays musulmans et chez les musulmans qu'en dehors du monde musulman. Les musulmans ont tenu bon. Autrement, on ne pourrait pas envisager la fin d'Al-Qaïda. C'est ici que Barack Obama, quelles que soient les limites de son changement politique, a radicalement rompu avec la rhétorique de la « guerre globale contre la terreur ». À ses yeux, dans la campagne contre Al-Qaïda, l'islam et l'Amérique sont dans la même tranchée. Ce n'est pas « eux et nous », c'est « nous ensemble contre eux », c'est-à dire une infime minorité de violents extrémistes qui s'attaquent autant à l'islam qu'à l'Amérique. C'est la grande force du discours du Caire de juin 2009.

 

Cette épreuve a peut-être fait du bien à l'islam, en l'obligeant à se remettre en question ?
C'est la dialectique ! Des tragédies pareilles ne peuvent en aucun cas apporter du bien. En tout cas, il est trop tôt pour le savoir. Tant qu'Al-Qaïda pouvait s'appuyer sur la rhétorique binaire de la « guerre globale contre la terreur », ce que les musulmans qui lui résistaient pouvaient faire avait relativement peu d'impact en dehors du monde musulman.
À partir du moment où on est dans la configuration actuelle, impulsée par Obama, la réponse est oui. Mais ça ne fait qu'un an et demi. Or on sort de près d'une décennie pendant laquelle la logique inverse a prévalu et où, nolens volens, le discours d'Al-Qaïda a été relayé et amplifié par les médias occidentaux et par certains cercles néoconservateurs qui cultivent une hostilité intrinsèque à l'islam en tant que tel. Ce n'est que maintenant qu'on commence à dénouer cette identification tragique et qu'on peut voir tout le potentiel de cette mobilisation citoyenne et politique contre Al-Qaïda de la part des musulmans eux-mêmes.

 

Peut-on parler de renaissance, de remise en question de l'islam ?
La remise en question est évidente. Ce qui est étonnant dans la perception qu'on a de l'islam hors des sociétés majoritairement musulmanes, comme dirait avec beaucoup de précautions Barack Obama, c'est que l'islam est allé très loin dans la déconstruction. Sauf qu'Internet ne transmet pas que des messages sympathiques, démocratiques et libéraux. Il peut aussi transmettre de la propagande de mort. Quand la déconstruction met à plat des modèles jusqu'alors éprouvés, il n'en sort pas toujours du bien. L'émergence d'un mouvement marginal comme Al-Qaïda est l'un de ces résultats. Il faut une fois pour toutes accepter de manière durable que l'islam est pluriel. On aura beau chercher à savoir qui est « Monsieur Islam », qui est le porte-parole de l'islam, on ne le trouvera jamais. À moins de le créer, mais en le faisant on brimera les autres expressions, qui pourront être progressistes ou totalement réactionnaires.
L'islam sort quand même vainqueur dans la mondialisation. C'est aussi ce qui me fait penser que le discours d'Al-Qaïda, au-delà de ses dimensions sectaires, est condamné. L'idée de la victimisation est fausse. Tant que la question palestinienne ne sera pas réglée, la ranc?ur contre le « deux poids, deux mesures » sera terrible. Mais l'idée que l'ordre actuel se fait aux dépens des musulmans est fausse, quand on observe dans une partie importante du monde musulman - notamment en Asie - un développement extraordinaire, quand on voit que la mondialisation financière a créé une niche spécifique pour l'islam. Je ne dis pas que c'est bien ou que c'est mal, je constate qu'il y a une finance islamique mais qu'il n'y a pas de finance bouddhique. Cette finance islamique incorpore les rites et les contraintes de l'islam à la finance la plus moderne. Tous les grands groupes financiers s'y mettent les uns après les autres. En outre, l'islam connaît une progression démographique indéniable : on compte environ 1,5 milliard de musulmans provenant d'une croissance naturelle et aussi de la conversion. En Afrique, l'islam et le christianisme sont pratiquement à égalité, ce qui constitue un changement spectaculaire en une génération. La oumma, la communauté des musulmans, se porte bien. Les cinq piliers n'ont jamais été autant respectés. Aujourd'hui, chaque hadj [pèlerinage à La Mecque] mobilise 2,5 millions de personnes. Et encore, il est limité par des quotas. Le plus grand rassemblement annuel de l'humanité, c'est le pèlerinage à La Mecque. Tout cela donne force et cohérence. Sur le plan linguistique, on n'a jamais autant et aussi bien parlé l'arabe. Il s'ensuit qu'aujourd'hui des centaines de millions de personnes peuvent avoir un accès direct au texte, le Coran. On est en train de créer les conditions d'un accès individuel au texte sacré qui peuvent permettre une réappropriation personnelle. Le parallèle entre l'adaptation à la mondialisation et l'individualisation de la pratique religieuse est d'ailleurs très frappant.

 

Peut-on parler de sécularisation ?
C'est l'étape qui l'accompagne. À partir du moment où on entre dans l'idée sphère publique--sphère privée, il y a sécularisation. Le problème, c'est qu'en France la conception parfois militante de la laïcité fait qu'elle est synonyme d'absence de convictions religieuses ou encore de convictions religieuses dénaturées. Or on peut imaginer une laïcité où les convictions religieuses sont tout ce qu'il y a de plus fermes et revendiquées, mais dans le cadre d'un espace public qui, lui, est laïque.

 

Quel regard portez-vous sur l'opinion française à propos du Moyen-Orient ?
L'effet 11-Septembre a joué - ce qui n'est pas propre à la France. Les relations se sont tendues partout, les stéréotypes ont proliféré. Mais il reste certain que l'opinion française est de loin la mieux informée et la plus consciente.

 

C'est la moins islamophobe ?
Ce qui est sûr, c'est que les débats sur l'islam et le Moyen-Orient en France reposent sur un volume d'informations beaucoup plus important qu'ailleurs. Les manipulateurs, démagogues et autres ont leur rôle, mais ils interviennent à partir d'une réalité et d'une connaissance de la réalité qui n'a pas d'équivalent ailleurs.

 

 

 

 

Jean-Pierre Filiu ou la passion de l'islam
Jean-Pierre Filiu, 49 ans, passe à juste titre pour être l'un des meilleurs spécialistes de l'islam et du terrorisme djihadiste. Ses livres, L'Apocalypse dans l'islam (Fayard, 2008) et Les Neuf Vies d'Al-Qaïda (Fayard, 2009), font autorité.
Son itinéraire intellectuel est à la fois cohérent et contrasté. Tout en achevant ses études à Sciences-Po Paris, il effectue de longues missions humanitaires dans les camps palestiniens du Liban. C'est à cette occasion qu'il entame l'apprentissage de la langue du Coran, et accessoirement rencontre un certain Yasser Arafat. On le retrouve plus tard aux Langues O' pour parfaire sa connaissance de l'arabe. Il poursuivra sa formation par un diplôme d'Histoire du XXe siècle. Après un bref passage à l'Institut du monde arabe, il se rend en Afghanistan pour effectuer une nouvelle mission humanitaire.
En 1988, il entre dans la carrière. Plusieurs affectations le conduisent tour à tour en Jordanie, aux États-Unis, en Syrie. Au début des années 1990, il est appelé à servir dans les cabinets des ministres de l'Intérieur et de la Défense. En 2000, il rejoint l'équipe du Premier ministre Lionel Jospin. Il y reste deux ans, puis occupe le poste de ministre-conseiller à l'ambassade de France de Tunis. En 2006, il décide de se consacrer à l'enseignement, à la recherche et à l'écriture d'essais.
L'islam n'est pas sa seule passion : il trouve le temps de s'intéresser à la musique. Son dernier ouvrage, Camarón, la révolution du flamenco, qui paraît le 1er octobre aux Mille et Une Nuits, est un hommage au chanteur espagnol Camarón de la Isla. J.B.

 

Guantánamo : bilan désastreux
Que reste-t il de Guantánamo ? Neuf ans après son ouverture, le symbole de l'errance éthique américaine est toujours là. Peu après son élection, le président Obama s'était pourtant engagé à fermer la base militaire en 2010. Promesse repoussée à 2013, et qui ne sera vraisemblablement pas tenue tant les difficultés sont nombreuses. L'opposition des républicains à tout rapatriement des détenus sur le sol national - la prison de haute sécurité de Thomson dans l'Illinois, en l'occurrence - n'est pas la moindre. La conjoncture politique n'a jamais été non plus favorable, en raison de la récurrence des menaces terroristes qui ont maintenu la pression sur le président Obama.
Consciente que Guantánamo focalise le monde musulman, l'administration Obama s'ingénie désormais à rendre la base présentable. Les pratiques de torture ont été éradiquées, les conditions des détenus améliorées et leur rapatriement a été refusé lorsque les garanties des gouvernements des pays dont ils sont ressortissants sont jugées insuffisantes par Washington. C'est le cas de la trentaine de prisonniers yéménites, le plus gros contingent de la base. 176 personnes sont encore détenues sur la base, 50 ayant vocation à l'être indéfiniment.
Le bilan ? Désastreux, car aussi inefficace que dommageable pour la réputation de l'Amérique. Le symbole pourrait être Omar Khadr. Ce jeune Canadien, accusé d'avoir tué en 2002 un soldat américain en Afghanistan, est le premier détenu de Guantánamo à être jugé sous le président Obama. Il avait 15 ans à l'époque des faits. Khaled Cheikh Mohamed, le cerveau présumé des attaques du 11-Septembre, n'a, lui, pas encore été jugé, la ville de New York ayant finalement refusé d'être le lieu du procès. Une cour d'appel fédérale a jugé début septembre que d'anciens prisonniers de la CIA ne pouvaient former de recours contre les autorités américaines pour les tortures auxquelles ils auraient été soumis. Secret d'État oblige. À Washington comme à Guantánamo. Jean-Éric Boulin

 

Le coût de la terreur
  • - 1 086 milliards de dollars : telle est la somme déjà déboursée par les États-Unis pour lutter contre Al-Qaïda en Afghanistan et en Irak depuis les attentats du 11 septembre 2001. Cela correspond en moyenne à 9 200 dollars par ménage. (Sources : rapport du Congressional Research Service pour le Congrès américain en date du 16 juillet 2010 et www.costofwar.com.)
  • - 775 000 dollars par an : c'est ce que coûte en moyenne l'envoi d'un seul soldat américain en Afghanistan. (Source : Center for Strategic and Budgetary Assessments.)
  • - 100 000 soldats américains traquent une centaine de membres d'Al-Qaïda en Afghanistan, ce qui correspond à un ratio de 1 pour 1 000. Si l'on prend le coût de la guerre en Afghanistan, la traque d'un seul des combattants de Ben Laden reviendrait ainsi, selon le directeur de la CIA Leon Panetta, à 1 milliard de dollars par an.
  • - 1 300 euros : c'est la somme désormais demandée par Al-Qaïda à ses nouvelles recrues pour leur fournir un fusil AK 47, des munitions et des grenades (900 euros), et pour les former au combat pendant quinze jours dans un camp d'entraînement paramilitaire (400 euros). (Source: Council on Foreign Relations.) J.B.

 

Ils ont dit...
« Ce n'est pas une religion qui nous a attaqués [le 11 septembre 2001]. C'était Al-Qaïda, un groupe pitoyable d'hommes qui pervertissent la religion. »
Barack Obama, Président des États-Unis

« Al-Qaïda n'a plus de refuge sûr en Afghanistan ; ses membres sont harcelés de toutes parts, spécialement dans leurs places fortes, la province du Helmand et Kandahar. »
Anders Fogh Rasmussen, Secrétaire général de l'Otan

« Les terroristes ne peuvent pas prétendre que les kamikazes sont des martyrs. Leurs actes ne seront jamais considérés comme le djihad. »
Muhamar Tahir ul-Qadri, juriste de droit islamique à la Cour suprême du Pakistan

« Nous considérons que la situation financière d'Al-Qaïda est beaucoup moins florissante qu'il y a quelques années. Le pouvoir et l'influence du mouvement a diminué en conséquence. »
David S. Cohen, Sous-secrétaire d'État au Trésor américain

« La greffe Al-Qaïda n'a pas pris en Irak : ses méthodes violentes ont été contestées par les djihadistes locaux. Le pays, qui était il n'y a pas si longtemps une terre de conquête pour le terrorisme international, est aujourd'hui devenu, pour eux, une terre de départ : ses militants quittent l'Irak pour aller au Pakistan ou en Mauritanie. »
Boris Boillon, Ambassadeur de France en Irak

« Les efforts du contre-terrorisme ont placé Al-Qaïda dans une de ses positions les plus difficiles depuis la fin de 2001. »
Dennis Blair, Ancien directeur du renseignement national américain

« À force d'agressions contre les civils, d'intransigeance envers les autres mouvances islamistes et de déstabilisation de la société, Al Qaïda a perdu le peu de soutien qu'elle pouvait avoir dans la population. Personne ne peut vivre durablement dans la terreur. »
Mathieu Guidère, Professeur à l'université de Genève

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Gare au gourou  Conseiller en communication de François Mitterrand, Jacques Pilhan décide à l’été 1993 de travailler secrètement pour Jacques Chirac. Après avoir contribué à l’élection du premier, il assurera la victoire du second.   

 
Par Henri Marque 
Le 25 octobre 1993, François Mitterrand est satisfait de son Heure de vérité sur la deuxième chaîne, préparée une fois de plus par son (bon) ­génie de la communication, Jacques Pilhan. Le chef de l’État a pu dire ce qu’il pensait de la cohabitation dite « ­tranquille » ou encore « de velours » avec Édouard Balladur. Il a reconnu sans se compromettre qu’elle se déroulait «

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Sécurité Contre les « bombes sales » : le dirigeable

  Silencieux, capable de voler très lentement à basse altitude, le « plus léger que l’air » représente un atout d’envergure pour la sécurité civile.

 
Majestueux. Débonnaire. À la mi-mars, les Parisiens ont admiré pendant plusieurs jours le zeppelin d’Airshipvision qui sillonnait leur ciel. Ce n’était pas la première fois qu’un gros dirigeable volait au-dessus de leurs toits, mais jamais aucun n’était resté si longtemps. Manifestement, il n’était pas là pour le plaisir de quelques touristes privilégiés. Il était là parce que l’on avait besoin

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Allemagne - Fini le multiculturalisme

Angela Merkel a pris acte de l’échec d’un modèle basé sur la cohabitation des communautés. Ce faisant, la chancelière attise le climat de xénophobie et favorise le renouveau du concept de « nation ».  Par Juliette Morillot  

 
Mesut Özil est le héros de tout un pays. Dans une Allemagne minée par le débat sur l’intégration, le nouveau prodige de la Nationalmann-schaft (l’équipe d’Allemagne de football) est devenu l’éclatant symbole de la génération M – « M » pour Multikulti, « vivre côte à côte sans se mêler ». Quand il entre sur le terrain, il récite des versets du Coran et prie pour la santé de son équipe. Et

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Le pari de Salam Fayyad

Fort de ses succès économiques, le Premier ministre palestinien n'a qu'un objectif : créer un État indépendant en 2011. Mais saura-t il surmonter l'opposition du Hamas et celle des apparatchiks du Fatah ?

«La seule chose à laquelle je suis candidat, c'est à la création d'un État. » Chaque fois qu'il est interrogé sur son avenir, ces mots reviennent dans sa bouche. À 58 ans, Salam Fayyad ne peut être comparé à aucun homme politique. Là où d'autres céderaient à la démagogie, lui privilégie l'action et place sa propre ambition au service de l'intérêt collectif. « La déclaration d'indépendance n'est pas ma

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ANGELA MERKEL Tellement Allemande

La chancelière est au plus bas dans les sondages. Mais ses adversaires de droite comme de gauche devraient se méfier de cette femme du juste milieu qui, en bonne scientifique, n'exclut aucune hypothèse.

C'est à ne rien comprendre au désamour actuel des Allemands vis-à-vis d'Angela Merkel, leur chancelière ! Elle qu'ils avaient reconduite dans un fauteuil, il y a un an, à la tête du gouvernement pour un second mandat voit son action gouvernementale créditée de moins de 10 % d'opinions favorables. Si l'Allemagne revotait aujourd'hui, elle manifesterait sa mauvaise humeur en donnant une nette majorité à la gauche

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Le pari de Salam Fayyad

Fort de ses succès économiques, le Premier ministre palestinien n'a qu'un objectif : créer un État indépendant en 2011. Mais saura-t il surmonter l'opposition du Hamas et celle des apparatchiks du Fatah ?

«La seule chose à laquelle je suis candidat, c'est à la création d'un État. » Chaque fois qu'il est interrogé sur son avenir, ces mots reviennent dans sa bouche. À 58 ans, Salam Fayyad ne peut être comparé à aucun homme politique. Là où d'autres céderaient à la démagogie, lui privilégie l'action et place sa propre ambition au service de l'intérêt collectif. « La déclaration d'indépendance n'est pas ma

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Combien de pays dans le monde ?

L'ONU compte 192 membres, parmi lesquels Monaco, Saint-Marin et plusieurs îles minuscules. Taïwan et le Somaliland, en revanche, n'en font pas partie. Difficile de s'y retrouver.

Le 9 janvier 2011, la communauté internationale pourrait bien s'enrichir d'un nouvel État. Ce jour-là, en effet, les habitants du Sud-Soudan décideront par référendum s'ils souhaitent ou non l'indépendance de leur région. En cas de réponse positive, la nouvelle entité, vaste d'environ 600 000 km2 et peuplée de quelque 10 millions d'habitants, devrait rapidement devenir le 193e membre des Nations unies.
Est-ce à

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