Le retour des motoristes
Montage d'un moteur dans l'usine BMW de Dingolfing, en Allemagne(crédit : Armin Weigel/DPA/Corbis)
Longtemps, l'automobile a été frivole. La demande allait croissant dans les pays développés ; le pétrole, bon marché, coulait à flots. Les constructeurs, pour appâter le client, misaient tout sur la forme.
Nul ne reprochait alors aux belles américaines, Cadillac et autres rêves mécaniques des années 1950, d'être de gros paquebots se dandinant sur les routes : leur ligne était opulente, avec les longs ailerons chromés en dos de requin qui étiraient leur capot arrière. La fonction première d'une automobile, objet de transport individuel ou familial, s'en trouvait oubliée, au profit du paraître.
Certaines ont paré au plus pressé : réduction de la puissance. Ou ont rusé, gardant un nombre de chevaux élevé, mais lissant discrètement la courbe de transmission de cette puissance aux roues. Les chevaux deviennent alors théoriques, puisque disponibles seulement à haut régime, défaut qu'un véhicule paie par la paresse de ses accélérations et dont témoignent ses performances de 0 à 100 km/h... D'autres, à l'inverse, ont travaillé le rendement énergétique pour maintenir la puissance à consommation restreinte. C'est le cas des marques germaniques. Par tradition, elles considèrent le moteur comme la pièce noble d'une automobile, en accord avec un public allemand qui a toujours été friand de fortes cylindrées. Et le succès sur le marché américain de Porsche, BMW, Mercedes et Audi à partir des années 1970 est venu pour l'essentiel de leur savoir-faire de motoriste, quand les constructeurs locaux en étaient restés à de gros moteurs à tempérament plutôt mou. Aux États-Unis, les marques allemandes ont ainsi trouvé un nouveau débouché pour leurs moteurs haut de gamme, et surtout les moyens financiers d'investir dans ce domaine, alors que les marques confinées au marché européen relâchaient leur effort : un moteur est en effet l'organe le plus coûteux d'une automobile, celui qui requiert de la part d'un constructeur l'investissement le plus lourd. Mais les motoristes ne sont pas des gens obtus. Leur passion, c'est le rendement énergétique, autrement dit la puissance extraite d'une quantité de carburant donnée. Et leurs outils sont connus : réduction des frottements des pièces mobiles d'un moteur, précision de l'injection, qualité de la combustion. Des décennies durant, les constructeurs leur ont demandé de trouver des chevaux supplémentaires. Ce qu'ils ont fait. Les temps ont changé. Le but est maintenant, avec moins d'essence, de conserver un niveau de puissance égal. Pour y parvenir, les motoristes ont simplement modifié la position de leur curseur : les marques qui produisaient hier les moteurs les plus puissants sont aujourd'hui celles dont les moteurs consomment le moins et sont les plus vifs à l'accélération...
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