Ce que Jean Daniel n'a jamais dit
Le fondateur et éditorialiste du Nouvel Observateur en 1986.(crédit : Kathleen Blumenfeld/Roger-Viollet).A 90 ans aux prunes, précisément le 21 juillet prochain, le cofondateur et toujours éditorialiste du Nouvel Observateur n'a rien perdu, on va le voir, de son acuité de jugement et de sa mémoire, pour ne rien dire de son agilité de jeune homme comme on peut en juger en essayant de le suivre dans un escalier.
Sa vie de journaliste a commencé en 1945 à Combat, le journal d'Albert Camus, auquel il collaborait tout en étant membre du cabinet de Félix Gouin, le successeur du général de Gaulle à la tête du Gouvernement provisoire. Elle a pris forme à Caliban, cet inspirateur de La revue qui affichait son objectif de « faire comprendre le monde », dont il fut le rédacteur en chef de 1947 à 1952, avec des collaborateurs qui s'appelaient Jean-Paul Sartre, Raymond Aron, Maurice Merleau-Ponty et, bien sûr, Albert Camus.
Il participa en 1954, aux côtés de Jean-Jacques Servan-Schreiber et de Françoise Giroud, à la fondation de L'Express, pour lequel il couvrit la guerre d'indépendance de l'Algérie. Puis, dix ans plus tard, après un bref passage au Monde, il devint un pilier inamovible du Nouvel Observateur.
Jean Daniel a beaucoup écrit, et ce n'est pas fini, y compris des ouvrages et articles autobiographiques. Pourtant - pudeur ou simple retenue? -, il n'avait jamais été aussi précis sur des sujets personnels, en dépit de la publication d'un beau livre, Le Refuge et la Source, mais qui date de 1977. En exclusivité, peut-on dire, il a répondu à nos questions, portant notamment, dans la première partie que voici de notre interview, sur les années d'enfance et d'adolescence, avant et pendant la Deuxième Guerre mondiale, d'un petit garçon d'une famille juive nombreuse, en Algérie.
LA REVUE : Jean Daniel, né Bensaïd, quand, pourquoi et comment avez-vous changé de nom?
JEAN DANIEL : Je suppose que vous ne me posez pas cette question insolite comme l'ont fait jadis les antisémites ou les Juifs sectaires. Les uns et les autres ont pensé que je voulais me dissimuler derrière une identité empruntée, ou bien que je voulais renier les origines confessionnelles de mes parents. Autrement dit, il s'agissait de questions injurieuses qui ont très tôt manqué leur cible, puisque j'évoque dans tous mes livres le caractère juif de mes parents. D'autre part, vous n'auriez pas posé cette question si le nom que j'ai abandonné n'était pas arabe. Je vous en donne volontiers le droit. Vous allez en voir très rapidement les raisons.
Un peu d'histoire. Je m'appelle Jean-Daniel Bensaïd lorsque je combats dans la division Leclerc. Je garde le même nom en janvier 1946, quand de Gaulle démissionne et laisse sa place de président du Gouvernement provisoire de la République française à Félix Gouin. Ce dernier s'installe, comme son prédécesseur, à l'hôtel de Brienne, ancien ministère de la Guerre et futur ministère de la Défense, rue Saint-Dominique.
Je ne suis pas encore démobilisé, je suis sergent-chef, car, pour ne pas me séparer de mes compagnons d'armes lors de l'offensive de Strasbourg, j'ai refusé d'aller à l'école des officiers de réserve à Cherchell. Félix Gouin a pour directeur de cabinet un pied-noir corse que je rencontre par hasard, rue Gay-Lussac, et qui, passant dans une grande voiture, fait stopper son chauffeur et m'invite à le rejoindre. Coup de théâtre : il me propose de venir à son cabinet pour rédiger les projets de discours que doit prononcer le président. Le Journal officiel annonce ainsi la nomination de l'attaché de cabinet Jean-Daniel Bensaïd. Je succède à Claude Mauriac, et les huissiers, comme les gardes du corps m'appellent Monsieur l'Attaché. Or, ledit Bensaïd commence bientôt à faire ce qu'il a toujours rêvé de faire : il écrit dans Combat. Le pseudonyme est obligatoire, et il signe « Jean Daniel ». J'ai une double notoriété. Je vis maritalement avec Marie Susini, une catholique corse qui va devenir une grande romancière, issue d'une famille pas loin d'être antisémite, en tout cas un peu antiarabe. Sous le nom de madame Bensaïd, elle ne se sent pas à l'aise. Et moi non plus de l'y voir.
Quelque chose d'autre me gênait. J'ai toujours refusé de me laisser enfermer dans mes structures identitaires. J'étais loin d'avoir le culte des racines. Aujourd'hui tout a changé. Lorsqu'on apprend la judéité d'une personne, on croit tout de suite mieux la connaître. Tout est fini pour elle. Or je prétends qu'à ce moment, pour moi, tout commence. Je déteste l'affirmation d'identité qui précède la connaissance. Je considère qu'il est terrible de mettre un voile à une jeune fille et de mettre une kippa à un gosse comme s'il s'agissait d'une étoile jaune. Je comprends qu'on veuille s'affirmer pour annoncer une volonté d'accueil et de fraternité. Mais s'il s'agit seulement d'affirmer une différence, elle exprime une séparation, donc un rejet, sinon une hostilité.
Cela dit, personne n'a demandé à Simon Nora, ex-Aron, à André Maurois, ex-Herzog, ni ne demande aujourd'hui à Edgar Morin, ex-Nahoum, pourquoi ils ont changé de nom. Dans leur cas, comme dans beaucoup d'autres, le changement avait été opéré par leurs aïeux. Il s'agissait alors de signaler la volonté d'une intégration plus grande, de signifier un désir d'appartenance et d'enracinement dans la communauté française.
Si l'on veut voir l'aspect noble d'une telle décision qui en comporte plusieurs, on trouve cette affirmation d'appartenance à une communauté...
Nationale?
Oui. Je me souviens du grand meeting d'un comité juif, alors beaucoup plus tolérant que maintenant, au cours duquel une personnalité me demanda : « Pourquoi ne portez-vous plus le nom de votre père? » Alors, je lui ai raconté ma vie. Et je lui ai dit que mon père avait donné à tous ses enfants des prénoms catholiques destinés à devenir des noms. Les autres n'en ont pas profité.
Daniel n'est pas tellement un prénom chrétien...
C'est un prénom hébraïque, mais très répandu en Bretagne. Cela dit, mon père n'entendait pas vraiment me donner un prénom breton...
Il s'agissait de vous prémunir, vous et vos frères et s?urs, contre l'antisémitisme?
Pas dans notre cas, puisqu'il s'agissait d'abandonner un nom arabe. À la vérité, ce changement de nom me paraissait assez naturel : je me sentais si peu arabe et tellement français par la lecture et par la langue, j'avais été tellement précoce dans cette familiarité que voilà...
Quand même, la période de Vichy vécue par un jeune Juif en Algérie ne l'amenait-elle pas à se sentir différent?
Le jeune Jean-Daniel Bensaïd refusait de se croire différent et en tout cas inférieur. Ma scolarité a commencé au collège colonial de Blida. Elle s'est déroulée en deux parties. D'abord, j'étais un cancre, si bien qu'un professeur a dit à mes parents qu'il ne voyait pas d'intérêt à me laisser poursuivre mes études. Quelle pouvait être la réaction de parents? Se dire que ce maître était antisémite, ou hausser les épaules : « Tant qu'on a la santé... » Chez moi, cela a provoqué un drame. Et un déclic. J'étais en cinquième : en quatrième et les années suivantes, j'ai été un élève brillant, l'honneur de mon collège.
Pour revenir à votre identité, quelle langue parlaient vos grands-parents?
Vos questions me conduisent à éviter tout malentendu. Les réponses que je vous fais peuvent me décrire, mais en aucun cas servir à une histoire des m?urs juives en Algérie à mon époque. Pour cela, il y a des experts, des spécialistes et des historiens, comme Benjamin Stora, comme Lucette Valensi, qui sont parfaitement compétents. Mais revenons à votre question. Je suis le dernier survivant d'une famille de onze enfants et je n'ai pas connu mes grands-parents. Je ne sais pas quelle langue ils parlaient. Il y avait dans la chambre de mes parents un portrait de ma grand-mère que je trouvais très émouvant parce qu'il ressemblait à celui peint par Léonard de Vinci de la grand-mère de Jésus, Anne, la mère de Marie, portant un fichu, le fichu berbère que nous connaissons.
Et vos parents?
Ils ne se parlaient pas en arabe entre eux et ils ne nous parlaient pas en arabe. Ma mère parlait quelque fois aux bonnes en arabe, mais très peu. Cela se limitait à quelques expressions qui revenaient souvent, pour dire qu'il n'y avait pas suffisamment de lait dans le café, etc. Quant à mon père, il impressionnait beaucoup les gens. Il était négociant en grains. Il avait été très pauvre, mais je suis né au moment de la prospérité. Il avait des voitures : Amilcar, Hotchkiss... Sa clientèle principale était constituée non pas d'Arabes, mais de Berbères de Chréa, dans l'Atlas tellien; ils venaient généralement le vendredi - je m'en souviens parce que je revois les files de mendiants du vendredi qui faisaient le tour des commerces. Bref, avec ses clients, il parlait kabyle. Il connaissait aussi l'arabe, mais de façon plus sommaire, et il avait moins d'occasions de le pratiquer.
En famille, on parlait français. Était-on vêtu à l'européenne, hommes et femmes?
Hommes et femmes. Cela n'avait rien à voir avec les Femmes d'Alger... de Delacroix.
Chez vous, oui, mais peut-on généraliser aux autres familles juives?
J'ai répondu que je ne voulais pas me livrer à une généralisation. Tout me semblait particulier et exceptionnel et différent dans ma grande famille.
Et la cuisine?
Elle avait beaucoup d'importance. Les repas ont évolué avec les goûts de mon père, qui ont changé avec l'âge. C'était le patriarche, et il y avait des rites. Quand il se mettait à table, il fallait que la soupe fût chaude et déjà servie. Le jeudi, jour que j'attendais, il y avait un couscous au beurre avec des raisins secs, des figues de Barbarie, quelques pois chiches et d'autres choses excellentes, du petit-lait, de la loubia c'est-à-dire des haricots blancs au cumin. Nous étions très attentifs aux saisons des fruits, surtout à celle des différents raisins, des figues, d'abord vertes, puis noires.
Votre famille était-elle religieuse?
Oui, mais seulement à la maison. Nous n'allions pas à la synagogue, mais au « Temple israélite de Blida ». Nous ne faisions pas notre bar-mitsva, mais notre « communion ». Pour lire la traduction française des prières de Pâques, et non de Pessah, nous ne nous balancions pas sur nos pieds. Nous n'avions pas de kippa, mais les aînés empruntaient des chapeaux. Nous fêtions Noël. Notre maison jouxtait la mosquée, et les marmonnements qui en provenaient exaspéraient ma mère. Un peu plus loin était le temple, et là, les fidèles hurlaient leur foi - tout aussi exaspérant. Enfin, cela m'a marqué : les musulmans marmonnaient, les juifs criaient... L'église était plus loin, mais on entendait les cloches, qui pouvaient paraître insolentes parce qu'elles résonnaient dans toute la ville. Le dimanche, à la sortie de la messe, les bourgeois endimanchés passaient par la pâtisserie, d'où ils ressortaient avec un petit paquet. Pour en revenir à notre pratique religieuse à la maison, j'en ai surtout retenu le spectacle de ma mère, tous les matins, avant que je sois vraiment réveillé, qui priait.
En quelle langue?
Je crois que c'était en arabe. Il y avait quelque chose de très beau, qui s'appelle l'échange : quand il y avait un malade dans la famille, elle demandait à Dieu d'échanger sa propre vie contre celle du malade. Plus tard, ma première femme m'a dit qu'il existait un rite semblable en Corse, qui s'appelle le cambio. Il y a un équivalent aussi en Sicile. Et sans doute en Espagne, parce qu'il paraît qu'il en est question dans un chant de Lorca.
À part cela, la religion consistait à accomplir quelques rites, c'est-à-dire surtout deux fêtes, le Grand Pardon (Kippour), pour lequel tout le monde était là, et la Pâque (Pessah).
Toute la famille ou d'autres aussi?
La famille, c'était déjà du monde. J'ai déjà dit que nous étions onze enfants, et j'étais le dernier; je peux dire que j'ai été élevé par deux de mes s?urs. J'avais plusieurs frères mariés, si bien que, la famille réunie, nous étions quinze ou seize. Il faut observer que les mariages des garçons étaient presque tous mixtes : leurs épouses étaient chrétiennes. Deux d'entre elles avaient gardé leur religion secrètement. C'était un peu triste pour mon père : cela donnait l'impression qu'on profitait de son grand âge, d'un début de sénilité. Mes autres belles-s?urs, qui étaient très belles, se montraient très respectueuses à son égard.
Avez-vous été pieux?
Un an, vers 14 ans, mais cela implique trois prières par jour et de se lever tôt. Je n'ai pas dû faire tout ce qu'il fallait. Il faut dire aussi que la synagogue était particulière; nous n'avions pas de chance. C'était une espèce de cour des Miracles. Des pauvres, des éclopés y passaient leurs journées.
Cela a un rapport avec les cris que supportait mal votre mère?
Non, ces cris étaient des prières, parfois des cris de joie, comme à la fin du Grand Pardon. Je répète que je n'ai pas eu de chance : ces prières sont belles chantées par d'autres. Mais tout était laideur dans cette synagogue. C'est pour cela que, pour moi, la religion se passait à la maison, incarnée par mon père, qui était très beau, majestueux.
Votre piété, à l'âge de 14 ans, en quoi a-t-elle consisté?
D'abord dans l'observance des rites. Ensuite, essentiellement parce que mon père incarnait la religion. Lorsqu'il est mort, il a emporté Dieu avec lui. Cela dit, j'ai entendu le mot « juif » pour la première fois à l'extérieur...
Comme une insulte?
Comme une insulte. En sixième, j'avais un professeur d'histoire nettement antisémite. Il s'appelait Pathé. Au lieu de nous faire un cours, il nous faisait choisir un chapitre dans le « Malet et Isaac », le manuel d'histoire. Un jour, j'ouvre le livre, je tombe sur un chapitre intitulé « Les Gracques* ». J'annonce cela à M. Pathé, qui lâche : « Ils ont cela dans le sang. » Je réponds que je n'ai pas compris. Explication : « Les Juifs! » Rentré à la maison, je raconte cela à mon frère, qui me dit : « C'est compliqué, je t'expliquerai plus tard, tu n'es pas encore mûr. » Une ou deux semaines après, j'ai été traité de « sale Juif » par un autre élève, en classe. J'étais très bagarreur. Je lui ai dit : « On se voit rue des Calèches. » C'était là que les gosses s'expliquaient. Je lui ai fichu une torgnole mémorable. Le soir, j'ai raconté cela à mon frère, qui m'a répété : « Je t'expliquerai, mais pas encore. »
Le jour de l'initiation est arrivé. Nous habitions rue Abdallah, une petite rue antérieurement dénommée rue des Juifs, et pourtant très cosmopolite : il y avait des Arméniens, des Espagnols, des Italiens, des Mozabites, qui jouaient un très grand rôle et qui faisaient peur à tout le monde. Ils avaient les plus beaux tissus, des Européennes venaient les voir et la rumeur prétendait qu'elles disparaissaient dans leurs arrière-salles.
Je reviens à notre sujet. Un autre habitant de la rue Abdallah, le père Thibault, un fier-à-bras, faisait lui aussi peur à tout le monde; c'était à la fois le riche de la rue et le matamore, le caïd. Un beau jour - c'est ce qu'on me raconta lors de l'initiation -, il était descendu dans la rue et s'était mis à crier à la cantonade : « À bas les Juifs! À bas les Juifs! » Les voisins ont aussitôt fermé leurs magasins et ont fait rentrer les femmes et les enfants à la maison. « Et quel est le Juif...? » avait poursuivi l'énergumène. Mon père pesait 100 kilos, mesurait 1,90 mètre. Il n'a fait ni une ni deux, il a soulevé le bonhomme et l'a jeté par terre; c'est du moins ce qu'on m'a raconté. Là-dessus, les ouvriers arabes de mon père - qui lui baisaient la main, qui ne fumaient pas devant lui, etc., dans tout le paternalisme que vous pouvez imaginer - se sont précipités pour le cacher. Il a refusé et est allé à la police. À ce stade, le type était allongé par terre, inanimé. Mort ou pas mort? Heureusement non. Donc mon père s'est présenté au commissariat de police, escorté de ses ouvriers indigènes et de quelques Français ouverts ou curieux. Bref, le policier a tranché en faveur de mon père.
Cette histoire m'a donc été racontée au moment de l'initiation. C'est important : cela voulait dire que je ne pouvais pas faire moins que mon père, que je ne devais pas adopter la mentalité de vaincu qui était très répandue parmi mes amis juifs. Cela devait compter plus tard, notamment pendant la guerre.
À l'école, y avait-il des musulmans dans votre classe?
Très peu, mais toujours un Oussedik. C'était une famille kabyle. Ils étaient très forts en français. À propos de Kabyles, j'avais un beau-frère et cousin médecin que je vénérais, Sydney Bensimon. Ma s?ur et lui ont vécu un certain temps à la maison, et puis il a ouvert son cabinet. Il soignait ma mère avec beaucoup d'attention. Un jour, un sous-préfet que nous connaissions et que nous appréciions l'a appelé pour lui demander d'assurer une permanence pendant le week-end dans un douar perdu près de Chréa. Il est donc parti avec sa Jeep jusqu'à un endroit où il avait rendez-vous avec un guide. Et puis il a continué deux heures à dos de mulet. Sans qu'il sache vraiment où il était, on l'a alors installé dans une famille. Il avait apporté des médicaments et il s'est mis à soigner ceux qui se présentaient. Je ne sais pas combien de temps cela a duré, mais il y retournait tous les week-ends et, en rejoignant sa voiture, il y trouvait des poulets et des cageots de figues. C'était Mère Teresa!
Parmi vos copains musulmans, y avait-il Abane Ramdane?
Nous étions au même collège, mais pas dans la même classe, de même que M'Hamed Yazid. Avec moi, il y avait Ali Boumendjel, celui qui a été assassiné par des parachutistes; c'était un élève brillant. Il y avait aussi Saad Dahlab, quelqu'un de sceptique, d'ouvert, très sympathique, et Benkhedda. Enfin, je le connaissais, mais je ne me rappelle pas qu'ils aient été dans ma classe. Je peux en dire autant de Mohamed Benteftifa.
Il faut se souvenir aussi que c'était au moment du Front populaire. J'ai assisté à une réunion chez un copain, Zellal, qui m'y avait emmené et dont le père, très respecté, était directeur de l'école franco-arabe. Il s'agissait de savoir si nous allions entrer dans une période de solidarité avec les ouvriers français pour une révolution française. C'était la discussion autour du Parti communiste algérien, qui voulait mêler tous les ouvriers. Je me rappelle avoir manifesté en criant : « Libérez Ben Ali Bouckort! », lequel était détenu dans le Sud et militait au Parti communiste français.
Le mot « arabe » était-il péjoratif?
Cela dépendait du contexte. Le « marché arabe », c'était neutre; « travail arabe » était le plus péjoratif. On disait que les Arabes n'étaient capables d'être ni pêcheurs ni maçons. Pour le poisson, on s'adressait aux Espagnols et aux Maltais; pour bâtir une maison, on avait recours aux Italiens. Pour les habits, il y avait les tailleurs juifs. Mais là, encore une fois, je vous parle de certains préjugés de ma famille ou, à la rigueur, de la rue. Je vous parle des rumeurs. En revanche, je peux vous dire qu'à Alger, capitale universitaire, on entendait à la faculté des professeurs dire des Juifs qu'ils pouvaient être de bons médecins, mais que, comme chirurgiens, ils étaient nuls, car ils n'étaient pas des manuels. Sauf pour être tailleurs ou dinandiers.
Les Arabes ne pouvaient pas construire un mur droit?
Je l'ai entendu dire... par des Arabes!
Vous vous êtes engagé dans la Résistance avec José Aboulker en novembre 1942, au moment du débarquement allié...
C'est une histoire passionnante. Le premier grand événement de ma vie. La première fois que j'allais être associé à l'Histoire. Avoir l'occasion d'être les premiers à accueillir les libérateurs américains, quelle ivresse! Quelle gloire!
Oui, mais je n'ai pas eu alors l'occasion d'avoir peur. Tout a été réglé à Alger dans la journée. Nous étions un groupe d'étudiants qui, tous, auraient un avenir. Ainsi Pierre Lemoine, un personnage. Il nous disait avec beaucoup d'assurance : « Je serai conservateur en chef du plus grand musée de France, le château de Versailles. » Nous pensions qu'il était un peu fou. Eh bien, il a obtenu ce poste en 1982. Nous envisagions de partir pour Gibraltar, et c'est Aboulker qui nous a retenus en nous disant : « Restez ici, c'est à Alger que cela va se passer. »
Comment aviez-vous connu Aboulker?
Les Aboulker étaient une grande famille algéroise, comme les Tamzali. Les Aboulker étaient tous médecins, et des spécialistes de renom, à commencer par le grand-père et le père de José, à une époque où devenir médecin était impossible pour un Arabe et très difficile pour un Juif. Ils vivaient dans la modernité, pour ne pas dire le luxe, mais ils refusaient la mixité. Ils se mariaient entre eux. Pas de « mésalliance »! Ma s?ur, Mathilde, était leur admiratrice préférée.
Il y avait un avocat juif sioniste, Narboni. Son discours, après l'abrogation, le 7 octobre 1940, du décret Crémieux qui avait accordé la nationalité française aux Juifs en 1870, avait été le suivant : « On vient de nous enlever notre nationalité. Aurez-vous la bassesse de la redemander ou allez-vous opter pour la ?solution israélienne?? » Cela ne voulait rien dire. Israël n'existait pas! En tout cas, nous ne savions rien sur cette Terre sans doute sainte, mais alors si lointaine. Y émigrer pouvait cependant apparaître déjà comme une tentation. J'avais assisté à une réunion que Narboni avait organisée, et j'étais intervenu pour le contredire. Un jeune homme que je ne connaissais pas restait enfermé dans ce qui me semblait être un silence méprisant. Quand on lui avait donné la parole, il avait simplement dit : « Je trouve cela nul. » En sortant, il m'avait pris à part. Je lui avais parlé de notre petit groupe, et c'est alors qu'il m'avait dit : « Je ne peux rien vous dire, mais tenez-vous disponible avec vos amis, car c'est ici que cela va se passer. »
Quel a été votre rôle?
Attendre, je vous l'ai dit. Et puis, le jour du débarquement, j'ai servi de guide au premier groupe; c'étaient des Anglais. Je les ai accueillis du côté de Sidi-Ferruch et conduits à Fort-l'Empereur (Bordj Moulay Hassan).
Entre le Front populaire et la Libération, il y a eu Vichy. Comment avez-vous vécu cette période?
L'Algérie française a été alors, sur le plan culturel, la plus riche pour une minorité et, sur le plan politique, la plus raciste, la plus réactionnaire, la plus à droite qu'il y eut jamais. Mais il ne faut pas oublier que les premiers textes racistes sont antérieurs à Vichy. C'est alors que Gillon, le président de l'association des étudiants en médecine, le rival de José Aboulker, avait fait un grand discours pour dire : « Nous n'avons pas attendu M. Hitler ni même notre maréchal pour savoir ce qu'il fallait faire ici. » J'avais tenté de réagir, mais j'avais été attrapé par une espèce de malfrat qui m'avait dit : « Fais attention, nous sommes deux cents ici, vous êtes à peine une vingtaine. Alors, tiens-toi tranquille. »
Quelles mesures ont été prises alors? L'étoile jaune?
Non, jamais. Il y a eu d'abord l'abolition du décret Crémieux. Ensuite le numerus clausus à l'université. Je ne l'ai pas connu, mais Jacques Derrida, qui avait 10 ans alors que j'en avais 20, a été exclu de sa classe, où il était le seul Juif. Il ne s'est jamais consolé de cette blessure.
Pourquoi pas vous?
J'avais obtenu avec brio deux certificats d'une licence qui devait en principe me conduire à l'agrégation de philosophie. J'avais un professeur, Pierre Mesnard, qui avait été ébloui par le Führer-prinzip, bien qu'il fût un spécialiste de saint Jean de la Croix. C'était un être à la fois inspiré et avantageux qui avait été chargé de la propagande de la Légion française des combattants, le mouvement de masse pétainiste. J'avais eu à faire un exposé sur Schopenhauer et je l'avais illustré d'un graphique qui lui avait plu. « Venez me voir », m'avait-il dit. Il m'avait reçu dans sa grande demeure sur les hauts d'Alger et m'avait dit : « Pour moi, le plus grand philosophe français est un Juif, c'est Bergson. Sachez qu'il n'y aura pas de numerus clausus chez mes philosophes, pendant une année au moins. » Je ne demandais que cela puisque c'était le moment où je me préparais, avec mon groupe, à aller à Gibraltar. C'est alors que j'ai rencontré José Aboulker.
Comment avez-vous découvert le colonialisme? Par l'humiliation?
Vous ne croyez pas si bien dire. Un vendredi, jour de l'aumône, j'étais en quatrième. Devant la pharmacie du coin de la rue, gisait un vieillard dans un état épouvantable, avec des plaies sur le visage, un burnous déchiré... À côté de lui se tenait un jeune homme. Les passants laissaient au vieillard quelques piécettes. Le jeune homme leur jetait un regard hautain. Fasciné par ce spectacle, je me suis attardé. Le jeune homme avait toujours la même attitude fière, arrogante, jusqu'au moment où il m'a lancé un regard haineux. Je suis resté quand même. Pour ce jeune qui accompagnait son père ou son grand-père, chaque pièce était une blessure à son orgueil, à son âme. J'ai ressenti cela d'une manière complice.
Je suis rentré à la maison sous le coup de l'émotion. J'avais un devoir à faire, sur le thème : « Décrivez une scène de rue qui vous a frappé. » Vous pouvez comprendre que j'étais inspiré. J'ai reçu les félicitations du professeur. Alors, était-ce une prise de conscience du colonialisme?
Des inégalités dans un cadre colonial...
Quelque chose comme cela. Moi qui écris depuis quelque temps sur la longue illusion intégrationniste des musulmans d'Algérie, ce qui va à l'encontre de toutes les théories, je n'aurais pas pu dire que ces gens-là voulaient jeter les Français à la mer. Ce qu'éprouvaient, j'imagine, ce mendiant et son fils était un sentiment de classe, de déshérités. Mais je n'ai jamais ressenti cela chez les ouvriers de mon père.
Parmi nos gens de maison, comme on dit maintenant, enfin, nos bonnes, il y avait des Espagnoles, dont une, Esperanza, avait un fils, Vicente Perez, qui était de mon âge et qui s'est mis à militer au Parti communiste. J'allais chez lui boire du jus de grenade et je l'écoutais, en feignant de comprendre, tenir des discours sur le marxisme et le bolchevisme. En même temps, j'étais chez les scouts.
Juifs?
Non, chez les Éclaireurs de France, qui admettaient Juifs et Arabes, contrairement aux Éclaireurs Français. Pour les parents juifs et arabes qui se respectaient, assurer une bonne éducation à leurs filles, c'était les envoyer à l'Immaculée-Conception - mes trois s?urs sont allées dans cette institution, elles revenaient le samedi avec la croix, elles apprenaient le Credo et parfois, entre elles, elles chantaient des cantiques.
Tout cela sans prosélytisme?
Surtout pas. Et pour les garçons, l'école de la discipline, c'était les scouts. Je portais le béret armorié de l'insigne du scoutisme. Un jour, alors que j'allais partir à une réunion des scouts, Esperanza n'a pas trouvé mon béret. Une semaine plus tard, Vicente est venu à la maison et mon père lui a arraché le béret... qu'il portait sur la tête. Esperanza était couverte de honte, elle n'est pas revenue pendant une semaine. J'ai été malade de cette terrible humiliation qui lui avait été infligée.
Et Vicente?
Il s'est engagé dans la guerre d'Espagne et, un jour, j'ai rencontré Esperanza sur la place d'Armes, qui m'a dit : « Ton ami Vicente, il est mort. » J'ai raconté son histoire (elle a beaucoup compté pour moi). Cela dit, je veux bien conclure sur l'idée que les hommes sont plus sensibles à l'humiliation qu'à la pauvreté, à l'occupation et au malheur. Je n'ai jamais supporté l'humiliation, qu'il s'agisse des parents envers leurs enfants, des hommes à l'égard des femmes, des patrons à l'égard des ouvriers. Humiliés et offensés, de Dostoïevski, c'est un beau titre pour un grand livre.
Si vous deviez conclure ce premier entretien...
Si j'ai bien compris, l'esprit de la première partie de cet entretien est de me faire reconstituer la vie d'un jeune Juif dans un pays arabe. Toute reconstitution est faite à partir de ce que nous avons vécu. Il est clair que je suis né dans une famille où l'on nous élevait comme des Juifs jamais honteux de leur origine, mais très fiers d'appartenir à la communauté nationale française. Nous n'avions aucune revendication communautaire puisque nous voulions ressembler aux autres et même, si possible, leur être supérieurs sur leur terrain. Nous n'avons pas connu le sentiment nationaliste arabe qui aurait pu constituer pour nous le substitut d'une patrie à reconquérir ou une civilisation à préserver.
Je peux dire que toutes ces idées, je les ai découvertes bien plus tard, au moment de la lutte contre le colonialisme. J'ai appris ensuite le rôle énorme des Juifs et des Arabes dans l'histoire, notamment de l'Andalousie. Ce sont des connaissances qui m'ont enrichi et modifié. Mais ce qui n'aurait jamais pu me venir à l'esprit, c'est l'idée que la nation où l'on choisissait de s'enraciner puisse nous devoir quelque chose, qu'on pût réclamer d'elle l'enseignement de la culture de ceux qu'elle accueillait. Je me suis senti français comme juif, comme judéo-arabe, comme héritier de mes ancêtres francisés. Même pendant Vichy, grâce à de Gaulle. Tout cela est bien difficile à comprendre maintenant. Peut-être simplement parce que les Français n'aiment plus la France.
*La tragédie des Gracques a toujours été revendiquée par les révolutionnaires, attirés par cette histoire. C'était naturel pour un jeune Juif au temps du Front populaire.
| Ouvrages de Jean Daniel* |
|
Les autres articles :
Au service du cerveau
Comprendre comment fonctionne ou dysfonctionne cet organe pour mieux prévenir, soulager, guérir ou réparer les atteintes du système nerveux : voilà le formidable défi que souhaite relever l'Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM), qui doit être inauguré à Paris en septembre.
Comment s'élaborent le langage, la pensée ou la mémoire ? Comment le cerveau, matière vivante, génère-t il l'esprit et l'action ? Les progrès spectaculaires des neurosciences, la découverte de la géographie du cerveau grâce à l'IRM ainsi que le recours à la sémiologie permettent de mieux connaître ces contrées mystérieuses qui se cachent au fond de nos têtes et où circulent, à chaque seconde, 1 milliard
Le bonheur À tout prix
Du supermarché au divan, on nous vend du bonheur. Pour les Anciens, être heureux, c´était sortir de la dépendance
Seul un opérateur téléphonique peut faire accroire que le bonheur « c´est simple comme un coup
de fil ». Si l´on doit parler de fil, c´est plutôt de celui d´Ariane tant la question du bonheur reste labyrinthique.
Cela n´a pas empêché les communicants de s´emparer du concept et d´en faire un argument de vente : qui en effet ne veut
Humanitaires ou missionnaires ?
ONG Partout où les états sont défaillants, les populations démunies trouvent soutien moral et assistance matérielle auprès d´organisations confessionnelles. Le chemin de la conversion est tout tracé.
Les tee-shirts jaunes ont fleuri sur les décombres après le tremblement de terre à Haïti, comme ils l´avaient fait dans l´Asie du Sud-Est dévastée par le tsunami du 26 décembre 2004. Ce sont ceux de l´église de scientologie, dont les membres éclosent sur les catastrophes. Ils ne sont pas les seuls : là où l´on souffre prospèrent
Asie : Le nouveau continent du savoir
RECHERCHE De Shanghai à Delhi, de Séoul à Singapour, la montée en puissance des Asiatiques dans les domaines scientifique et technologique accompagne l´affirmation de leur poids économique. Par Tirthankar Chanda
Venkatraman Ramakrishnan, Yoi-chiro Namamuba, Roger Y. Tsien… Ces noms à consonance asiatique ont remplacé au cours des dernières années les Pierre-Gilles de Gennes ou Albert Einstein dans le palmarès des prix Nobel de sciences et témoignent de la montée en puissance des scientifiques venus d´Asie. L´année dernière, sur les six lauréats
Pas touche au pétrole russe !
Secrets d´histoire Comment Poutine, en bloquant la fusion d´Exxon et de Ioukos, la société de Mikhaïl Khodorkovski, a réussi à garder le contrôle de la production pétrolière de son pays. Par Jacques Trauman
Tard dans la nuit du 25 octobre 2003, alors que le jet de l´oligarque russe Mikhaïl Khodorkovski s´apprête à décoller de Novossibirsk, en Sibérie, un commando d´élite masqué se précipite à l´intérieur de l´avion en hurlant : « Les armes à terre ou on tire! » Mikhaïl Khodorkovski est arrêté
Mort où est ta frontière ?
Plus la connaissance scientifique progresse, moins on est capable de préciser quand et comment le décès survient. Le mystère du coma ne fait que s´épaissir.
La mort est plus que jamais ce mystère illustré par l´éternelle et universelle question de son en deçà : d´où venons-nous? Et de son au-delà : où nous mène le grand passage? En quarante ans, les fabuleux progrès de la prolongation de la vie et de la chirurgie des transplantations ont tout changé. Il faut réviser les dictionnaires
Rita Levi-Montalcini Cent ans de plénitude
PARCOURS Prix Nobel de médecine en 1986, la chercheuse italienne dégage une force de vie qui suscite l´admiration de ceux qui la croisent. Portrait d´une femme libre qui défie le temps.
Qui a dit que la vieillesse était un naufrage ? Certainement pas Rita Levi-Montalcini, cette petite femme aux cheveux blancs impeccablement coiffés et au sourire malicieux des êtres dont on sait immédiatement qu´ils aiment passionnément la vie, par-delà toutes les épreuves rencontrées. Cet amour immodéré de l´existence que rien ne vient aigrir
SECRET D'HISTOIRE : Le noyé imaginaire
Comment la découverte d'un corps sur une plage espagnole au printemps 1943 a facilité le débarquement allié en Sicile. Retour sur l'opération Mincemeat, chef-d'?uvre de mystification orchestré par les Britanniques.
Albion n'aurait pas été aussi « perfide », les Alliés auraient peut-être perdu la Seconde Guerre mondiale. C'est en tout cas ce que suggère l'étude de l'extraordinaire operation Mincemeat (« opération viande hachée », en anglais, connue en France sous le nom d' « opération Chair à pâtée »), qui fait aujourd'hui l'objet d'un livre passionnant du journaliste britannique Ben Macintyre 1. Il faut dire que les
Dossier: ENQUETE La fin de la vie privée
Vidéosurveillance, fichage, géolocalisation... Big Brother a envahi notre quotidien. Du succès de Facebook jusqu'aux nouveaux dispositifs de traçage, La revue dresse un état des lieux de ce qui reste des libertés individuelles en 2010.
Le respect de la vie privée est sacré et le droit à l'anonymat protégé par l'article 9 du code civil. Il suffit cependant de s'attacher aux pas d'un Parisien ordinaire pour constater la difficulté d'aller
et venir incognito. Démonstration. Par Nicolas « K » Michel
« Je m'appelle Nicolas K., et c'est tout ce que je souhaiterais que l'on sache de moi. Pourtant... À 7h15 ce jeudi-là, mon téléphone portable se
Religiosité à géométrie variable
Invoqué à tout moment afin de résoudre des problèmes strictement temporels, l'islam a bon dos. D'autant que ceux qui parlent en son nom ne craignent pas de dire tout et son contraire.
Révolution biologique, apprentis sorciers ou génies informatiques... en réussissant à la fin du mois de mai à fabriquer une première cellule de synthèse, l'équipe californienne de Craig Venter, l'un des pionniers du séquençage du génome humain, a suscité de vives réactions dans le monde scientifique, la nature même de cette prouesse ne faisant pas l'unanimité.
Pour Joël de Rosnay1, l'ancien directeur des applications
Organismes informatiquement modifiés
Génétique Un laboratoire américain a réussi à créer un génome synthétique qui a donné naissance à une cellule vivante, capable de se multiplier. Une première.
Révolution biologique, apprentis sorciers ou génies informatiques... en réussissant à la fin du mois de mai à fabriquer une première cellule de synthèse, l'équipe californienne de Craig Venter, l'un des pionniers du séquençage du génome humain, a suscité de vives réactions dans le monde scientifique, la nature même de cette prouesse ne faisant pas l'unanimité.
Pour Joël de Rosnay1, l'ancien directeur des applications
Le Coran interdit-il l'alcool ?
« Consommer du vin est illicite ! » Voilà ce que ressassent les musulmans traditionalistes. Dans le texte coranique, pourtant, tout au plus trouve-t on des injonctions morales.
Parler du vin dans les milieux traditionnels musulmans équivaut à être classé dans la catégorie des débauchés. C'est un sujet tabou dont le sort, dans la conscience commune, a été réglé une fois pour toutes depuis les débuts de l'islam : consommer du vin est illicite. Voilà ce qu'a décrété la norme, ressassée dans tous les manuels de fiqh (« jurisprudence »), rappelée dans les prêches et la littérature






