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Bienvenue au Club

OCDE Le club le plus fermé de Paris se rouvre de nouveau : la Slovénie, Israël, l'Estonie et le Chili font désormais partie de l'Organisation de coopération et de développement économiques.
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En moins de quinze ans, ce ne sont pas moins de dix nouveaux membres qui auront été accueillis au château de la Muette, une charmante résidence de l'Ouest parisien qui abrita les amours de la reine Margot et d'Henri IV, la nuit de noces de Louis XVI et de Marie-Antoinette avant d'être racheté par le baron Henri de Rothschild puis occupé par les amiraux de l'US Navy. Qu'est-ce qui fait l'attrait de l'OCDE? À la différence du Fonds monétaire international (FMI), l'organisation n'a ni devises à prêter en cas de crise, ni crédits bon marché à proposer sur le mode de la Banque mondiale. Elle ne dispose pas non plus de gros bâton pour menacer les récalcitrants comme pourrait le faire l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Paradoxalement, l'OCDE est l'institution internationale la moins puissante ? elle fonctionne avec un budget d'à peine 300 millions d'euros ?, mais c'est la plus attirante en raison du standing qu'elle confère à ses membres. Être à l'OCDE, c'est faire partie du club des pays riches, c'est être reconnu comme tel sur la scène internationale.

« Au départ, explique Nicola Bonucci, directeur des affaires juridiques, il s'agissait d'une organisation strictement européenne, instituée le 16 avril 1948, dans le sillage du plan Marshall : l'Organisation européenne de coopération économique (OECE). L'élargissement aux États-Unis et au Canada et la transformation en OCDE ne sont venus qu'en 1961. Puis le Japon, la Finlande, l'Australie et la Nouvelle-Zélande ont rejoint le cénacle. La chute de l'empire soviétique a encore fait évoluer l'organisation et quatre ex-satellites de Moscou, la République tchèque, la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie, rejoignent ses rangs au tournant du millénaire, alors que l'OCDE s'ouvre à un premier pays émergent, la Corée du Sud. »

« Aujourd'hui, ajoute-t-il, l'ouverture à de nouveaux pays se fait pour des raisons structurelles, l'objectif étant d'en faire une organisation plus diversifiée, ayant vocation à accueillir des pays dynamiques et des acteurs incontournables, comme la Chine ou l'Inde. Le secrétaire général actuel, Angel Gurría, un Mexicain, étant sans doute plus sensible aux nouveaux équilibres du monde. »

Avant l'arrivée des quatre derniers membres en date, l'OCDE représentait déjà, au niveau mondial, 72 % du revenu, 60 % du commerce, un tiers de la production d'énergie et 18 % de la population. Pour mieux refléter le poids grandissant des pays émergents dans l'économie mondiale, le club s'élargit de deux manières : par l'adhésion négociée de petits pays et par « l'engagement renforcé » (première étape avant une adhésion potentielle) de poids lourds, comme la Chine, l'Inde, le Brésil, l'Indonésie ou l'Afrique du Sud, qui influencent la conjoncture internationale. Sans adhérer immédiatement, ces derniers ont ainsi le temps d'adapter peu à peu leur législation aux règles en vigueur au sein du club.

La Russie est un cas à part, et si Moscou cherche à adhérer depuis 2007, les choses n'avancent que lentement car, pour devenir membre à part entière, les Russes devraient au préalable être admis à l'OMC, ce qui n'est pas encore le cas.

Faire partie de l'OCDE implique de suivre ses règles. Innombrables, elles concernent à peu près tous les sujets traités par 40000 hauts fonctionnaires nationaux, en communication permanente par Internet avec 2500 salariés de l'organisation qui travaillent dans le cadre de quelque 200 comités. L'OCDE produit nombre d'accords, normes, modèles, recommandations et principes destinés à homogénéiser au maximum l'espace économique mondial. Conjoncture, emploi, niveau de vie, finance, commerce, développement, rien ou presque ne lui échappe.

La méthode de travail privilégiée est la revue par les pairs. Le pays sur la sellette fait l'objet d'un examen sans concession de sa situation dans tel ou tel secteur, et chacun passe alternativement du banc des accusés au fauteuil du procureur. Dans ce petit monde feutré, le jugement des autres membres a une réelle influence et les diplomates en poste se font volontiers les avocats du club auprès de leurs gouvernements respectifs. Cela n'empêche pas les cachotteries, comme les fausses statistiques d'Athènes, qui sont passées inaperçues au château de la Muette.

L'autre secret de fabrication de l'OCDE est de donner du temps au temps : l'application des engagements est étalée dans la durée, les délais de mise en ?uvre sont admis et les rendez-vous périodiques sont loin d'être contraignants. Ainsi, en émettant des réserves sur le Code de libération des mouvements de capitaux, le Chili échappait à ses obligations immédiates.

Des critiques dont l'OCDE se défend. « L'adhésion à l'organisation induit des changements positifs favorables au développement, à la bonne gouvernance, à la gestion et à la rationalisation des États. C'est un coup de fouet pour aller dans la bonne direction, un facteur d'accélération d'innovations utiles », revendique-t-on au château de la Muette. Et de citer en exemple la création d'un ministère de l'Environnement au Chili ou la convention signée par Israël ? quatrième exportateur mondial d'armes ? interdisant la corruption depuis 1997. En fait, dans ce dossier, un compromis douteux a été trouvé. Le ministère israélien de la Défense garde son pouvoir de censurer un article de presse sur les ventes d'armes au nom de la sécurité nationale, mais s'il contient des allégations de corruption, il devra être porté à la connaissance de la justice... Grâce au club, l'égalité de traitement progresse chez les marchands d'armes!

La crise n'a pas épargné ce temple du libéralisme. La remise en cause des certitudes est à l'ordre du jour. « On est plus ouvert, constate un responsable, il n'y a pas forcément une seule solution à un problème. Le choc a eu lieu, on réfléchit, mais nous sommes encore loin de prôner de nouvelles politiques. On ne recommande plus, par exemple, un retour rapide à l'équilibre des budgets publics. Il y a dix ans, l'organisation aurait été plus jusqu'au-boutiste. »

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