Palestiniens : Peuple sans horizon
La famille Gawi, expulsée de sa maison de Jérusalem-Est. (crédit : Alban Fatkin pour La Revue)«J´attends le prochain soulèvement du peuple palestinien. » Omar, proche du Hamas, qui tient un petit restaurant dans le marché de Ramallah, est bien seul avec ce constat de mauvais augure, tant une fatigue historique semble aujourd´hui accabler le peuple palestinien. Aucun des ferments des deux Intifadas en 1987 et 2000 n´a pourtant disparu. Le chemin vers la paix, même si des négociations indirectes sous égide américaine ont repris début mai, s´annonce difficile. Un cavalier seul israélien est toujours à redouter, comme l´a montré la déclaration unilatérale par Tel-Aviv en mars dernier de la construction de nouveaux logements juifs dans le quartier arabe de Jérusalem, et ce en pleine visite du vice-président américain. L´Autorité palestinienne, dirigée par le contesté Mahmoud Abbas, est, elle, en déshérence. Un nouvel embrasement est-il donc possible? Les violents incidents qui se sont déroulés à Jérusalem en mars dernier et le bouclage de la Cisjordanie pour quarante-huit heures qui s´est ensuivi témoignent de l´extrême instabilité de la situation.
De Naplouse à Hébron en passant par Jérusalem, des villages aux camps de réfugiés, Alban Fatkin, photographe, et moi sommes partis en Cisjordanie, territoire occupé par Israël depuis 1967, à la rencontre de la société palestinienne, qui, malgré son dénuement institutionnel, a fait le choix de résister, nous semble-t-il, sans armes ni jets de pierres. Les jeunes se consacrent plus sûrement à l´édification d´un bonheur privé qu´à celle d´un état, reportant sur les générations à venir la tentation toujours grande de l´embrasement pour sortir de l´impasse. Carnet de route.
Jérusalem, ville crainte
La Ville sainte est sans vie. Livrée au tourisme religieux, bardée de caméras de sécurité, il y règne une atmosphère pesante. Abritant les lieux saints des trois monothéismes (esplanade des Mosquées pour l´islam, mur des Lamentations pour le judaïsme et basilique du Saint-Sépulcre pour le christianisme), la vieille ville est celle de la discorde. En septembre 2000, Ariel Sharon avait marché sur l´esplanade des Mosquées, déclenchant la deuxième Intifada. Les ultimes négociations de Camp David entre Ehoud Barak et Yasser Arafat en juillet 2000 avaient achoppé sur le statut de Jérusalem.
La nouvelle ville, centrée autour de la rue de Jaffa, est un trompe-l´?il en chantier. Proclamée en 1980 par la Knesset capitale indivisible d´Israël, elle est la vitrine de l´état hébreu, son miroir, qui doit lui dire qu´elle est la plus juive - selon un rapport des consuls européens basés à Jérusalem, Israël chercherait à modifier la donne démographique à Jérusalem pour contenir la population palestinienne à moins de 25 %.
La ligne de front de cette guerre silencieuse passe par le quartier arabe de Cheikh Jarrah, à Jérusalem-Est. Depuis le 3 novembre 2009, la famille Al-Kurd campe sous une tente de fortune dans le jardin attenant à la maison qu´elle a occupée pendant plus de cinquante ans et qui aujourd´hui ne lui appartient plus.
Celle-ci avait été attribuée aux Al-Kurd en 1956 par l´ONU en leur qualité de réfugiés, mais sans bail. Une association de Juifs nationalistes s´est engouffrée dans la brèche, produisant des documents de propriété remontant à l´époque de l´Empire ottoman. Une décision de justice israélienne a donné raison à ces derniers. Le jour même, des colons bardés de drapeaux israéliens emménageaient, dispersant dans le jardin les biens des Al-Kurd : cuisinière, lattes de lit, jouets des enfants.
Nabil al-Kurd, 65 ans, y puise les dernières planches de bois pour entretenir son brasero. Le visage pâle de fatigue, ce père de cinq enfants se rassied sous sa tente dans la nuit glaciale. C´est la énième qu´il passe dehors. Nabil met un point d´honneur à rester éveillé jusqu´à ce que les colons éteignent les lumières. Il dort à peine deux heures, se nourrit de café et de graines d´oiseau. Lui et les colons - des haredim (ultraorthodoxes), costumes noirs, papillotes et larges chapeaux noirs - se regardent en chiens de faïence. La nuit a ramené le calme. Trêve des insultes, qui, la journée, volent bas.
Le jour, sa mère, Oum Nabil al-Kurd, 85 ans, est présente à ses côtés. Originaire de Haïfa, elle a fui à Amman en 1948 à la création d´Israël, la Nakba (« catastrophe ») pour les Arabes. Depuis, « c´est une Nakba continue », dit-elle dans une colère mêlée de larmes. La famille Al-Kurd subit quotidiennement crachats, violences physiques, insultes racistes, sans que la patrouille de police stationnée à demeure n´intervienne. Tout comme la famille Gawi, des voisins habitant la même rue que les Al-Kurd, et qui ont subi le même sort en août. Nasser Gawi dort sous une tente, près d´un olivier, depuis plusieurs mois maintenant. La journée, il aide ses enfants pour leurs devoirs d´école pendant que les colons vont et viennent.
La tolérance à l´égard des agissements de ces Juifs nationalistes s´inscrit dans la politique officieuse d´expansion d´Israël dans Jérusalem-Est, conquise comme la vieille ville en 1967 et que les Palestiniens revendiquent comme capitale de leur futur état. Cette politique est en passe de réussir. Deux cent cinquante mille Palestiniens vivent actuellement à Jérusalem-Est, qui ne s´étend plus que sur 14 % de sa superficie initiale, pour 190000 colons juifs implantés dans une dizaine de colonies. Et la décision de mars dernier va entraîner la construction de 1600 logements pour les colons dans cette partie de la ville, en dépit du tollé que cette annonce a provoqué - y compris chez l´allié américain.
Politique du checkpoint
Des verrous sont posés sur chaque point d´entrée de la Cisjordanie, corps politique dans une camisole de force, avec les checkpoints comme moyens de relâcher la pression ou au contraire de l´intensifier. Cette stratégie vise à entraver, contingenter et dominer, apparentant, selon certains, cette mise en coupe réglée à un véritable « sociocide » tant elle empêche le développement de la société palestinienne.
Dépendre de la volonté de l´ennemi, être à portée d´humiliations, auxquelles certains répondent par des provocations dérisoires, tel est le sort des Palestiniens. Au passage du checkpoint d´Huwara, entre Ramallah et Naplouse, notre chauffeur de taxi mettra le volume de la radio à fond - de la musique arabe - jusqu´à ce qu´un soldat israélien lui hurle de baisser le son. Les règles de passage en Israël sont très strictes. Seules les cartes bleues d´identité israélienne - très rares - donnent le droit d´aller et venir. Les permis d´entrée, accordés dans moins de 20 % des cas et pour des motifs bien précis - maladie en phase terminale, décès d´un parent au premier degré… ?, ne sont valables que de 7 heures à 19 heures.
Ramallah, capitale de la douleur?
L´Autorité palestinienne a son siège, la Muqata?a, à Ramallah, sis à côté du tombeau de marbre blanc d´Arafat et de celui de Mahmoud Darwich, le grand poète palestinien. Située, comme toute grande ville de Cisjordanie, en zone A depuis l´accord d´Oslo en 1993, Ramallah est censée être sous contrôle politique et sécuritaire palestinien. Pourtant, passé minuit, les policiers palestiniens désertent les points symboliques de la ville, comme la place Al-Manara, pour laisser l´armée israélienne aller et venir jusqu´à 6 heures du matin, arrêter voire tuer des suspects d´activités terroristes. Souveraineté à éclipses, donc, sur un territoire déjà morcelé, en peau de léopard.
à Ramallah, l´atmosphère a la tranquillité affairée d´une ruche. Des drapeaux jaunes du Fatah et des affiches d´Arafat jeune sur les murs rappellent à peine le contexte politique. Les habitants vaquent pour préparer la grande fête de l´Aïd al-Adha, refusant, pour un temps en tout cas, le costume de peuple martyr taillé par les médias internationaux. Sari al-Khalili, 27 ans, n´a pas, lui, le c?ur léger. Ce journaliste de la chaîne iranienne d´informations Press TV milite, via ses reportages sur les violences israéliennes, pour l´édification d´un état palestinien. Pianotant sur son iPhone, portant des lentilles de contact de couleur, il parle dans un anglais ciselé de sa condition d´homosexuel. Il a vécu une histoire d´amour de quatre ans avec un soldat de l´Autorité palestinienne avant, dit-il, qu´il ne le quitte de peur du scandale. Et avoue son dilemme : « Je souhaite l´édification d´un état palestinien de toutes mes forces, même si je sais d´avance que je n´y aurai pas ma place. » Il compte s´installer à Londres, continuer le combat palestinien de là-bas, et gagner le sien, intérieur, qui le déchire encore plus intimement.
La longue marche de Bil´in
Dans ce village situé à vingt kilomètres de Ramallah, une cinquantaine d´habitants, d´Israéliens de gauche et d´activistes occidentaux manifestent tous les vendredis contre la « barrière de sécurité » qui sépare depuis 2003 Bil´in de ses oliveraies.
Ce « mur de la honte » est un symbole du conflit. Quatre cents kilomètres ont été construits, dont 90 % au-delà de la « ligne verte » (ligne de démarcation datant de l´armistice de 1949), engloutissant 10 % de la Cisjordanie. Censée assurer la sécurité d´Israël contre les terroristes, cette barrière est un paravent que l´état hébreu déplie à sa guise, puisque 40 % du mur restent à construire et que le tracé n´est pas figé, se modifiant aux endroits où la barrière ne consiste qu´en de simples barbelés, comme à Bil´in.
La manifestation, colonne de drapeaux palestiniens et de keffiehs, se met en marche, un adolescent en fauteuil roulant à sa tête, Jody, Britannique de 18 ans installé en Cisjordanie. Les slogans, pacifiques, se scandent en arabe, en hébreu et en anglais. à l´approche de la barrière, la situation se tend. Le nombre donnant l´illusion de la force, les enfants jettent des pierres, auxquelles les soldats israéliens - des Druzes - ripostent par des lacrymogènes et des balles en caoutchouc. Jody reste stoïque au milieu des fumées toxiques. Un enfant palestinien endimanché et trisomique erre parmi les oliviers, des cartouches de lacrymo roulant à ses pieds. On parle de plus en plus des villages symboles de Bil´in et de Ni´lin, où une autre marche s´est déroulée. Jimmy Carter, très actif, s´y est rendu. Cette résistance pacifique a été saluée par Mahmoud Abbas comme moyen de lutter contre l´occupation israélienne. Le dernier à sa disposition, alors que les négociations s´annoncent difficiles. à Bil´in, les manifestants rentrent deux heures plus tard, yeux rougis, drapeaux en berne. Les autorités israéliennes ont interdit en mars dernier les manifestations de Bil´in et de Ni´lin jusqu´à nouvel ordre.
D´un camp de réfugiés l´autre
Balata, qui jouxte la grande ville de Naplouse, est l´un des vingt camps de réfugiés que compte la Cisjordanie. Trente-deux mille personnes vivent dans ce camp bâti en 1949. Des maisons basses, construites en dur, bordent la rue principale, avec pour entrée un porche décati orné du portrait d´Arafat et de ceux des chahid (« martyrs ») tués par les Israéliens. Des vieillards au visage hâve font les cent pas. Invisibilité des femmes. L´atmosphère est lourde, les regards hostiles. Les petits garçons se courent après dans les ruelles, brandissant des mitraillettes factices offertes pour l´Aïd. Les jeunes hommes portent les stigmates de l´Intifada : des cicatrices laissées par des balles les ayant touchés au cuir chevelu, au torse, aux jambes. Ahmed vient à notre rencontre en boitant. On lui donnerait 12 ans, avec sa bouille ronde et sa petite taille. Il en a 19. Il y a six ans, une balle israélienne tirée à bout portant a stoppé sa croissance.
Askar est l´autre camp de Naplouse. Mêmes rues basses, même promiscuité, mêmes gars dégourdis au regard dur. Depuis le début de la seconde Intifada, il y a eu ici cent trente chahid. Zaïnab Abou Salem est l´une d´entre eux. Le 22 septembre 2004, voulant venger son cousin tué dans un bombardement, cette femme de 18 ans s´est fait exploser à Jérusalem, tuant deux soldats israéliens de 19 et 20 ans. Tsahal est entré à Askar en représailles. Les soldats ont montré à son père une photo de la tête décapitée de la kamikaze qui avait roulé sur le sol après l´attentat, puis ont fait exploser sa chambre.
De l´Intifada, Hamid se rappelle avec jubilation les soirs où il voyait de son balcon les lumières des ambulances affluer sur la colline d´en face, dans la colonie juive où un chahid venait de se faire exploser. « Les Juifs sont implantés sur les hauteurs pour dominer; avant, ils nous tiraient dessus. » Son neveu de 3 ans entre dans la pièce. Hamid le malmène en disant « Yahoud, Yahoud » (« Juif ») pour lui apprendre à se défendre. Mais c´est pour rire, assure-t-il.
Les troubles sont loin maintenant. Les jeunes d´Askar aiment cette drôle de paix qui leur permet d´imaginer un avenir, aussi incertain soit-il. Depuis que les Brigades des martyrs d´Al-Aqsa ont été désarmées en 2007 en échange d´un arrêt des poursuites de l´armée israélienne, ils ne posent plus avec des kalachnikovs et couverts d´un keffieh. Les photos des habiba (« chéries ») les ont remplacés sur les fonds d´écran des téléphones portables. Ils s´accommodent mieux de l´ennemi juif, plus fort, que de la répression sensuelle, qu´ils noient en regardant les clips lascifs de la télévision syrienne. Ils doivent d´abord collecter la dot - parfois des milliers de dollars - de leur promise avant de pouvoir se marier.
Vivre avec les colons
Hani Amer, 52 ans, vit à Mashah, un village au nord de Naplouse. Sa maison est depuis 2003 encerclée par la barrière de sécurité. Par des barbelés sur le côté nord, la séparant de la colonie israélienne construite en 1986, et à l´est par une route de dégagement de l´armée israélienne. Au sud, des dalles de béton hautes de huit mètres séparent Hani Amer de son village palestinien, dont l´accès n´est permis que par une porte encastrée dans la barrière.
Assis en tailleur dans son jardin, les yeux fixés sur ses mains, cet ancien cultivateur raconte sa condition de prisonnier à ciel ouvert. L´intimidation vient de tous côtés depuis qu´il a refusé les importantes sommes d´argent que les Israéliens lui proposaient. Les soldats le harcèlent pour qu´il parte, tapant à sa porte pour d´incessants contrôles de routine. Les colons ne sont pas en reste. La nuit, ils tirent en l´air ou lancent des pierres. Ils sont pourtant ses voisins, à à peine cinq mètres de là, habitant des maisons neuves. Hani Amer ne regarde jamais de leur côté. Pour lui, ils n´existent pas. « La Palestine a tour à tour été occupée par les Ottomans, les Anglais, et maintenant les Juifs. Mais eux aussi partiront. » Spectre d´une Palestine rêvée qu´Hani Amer emportera avec lui en mourant, il le sait déjà, dans son jardin.
Mémoires blessées
Hébron est le laboratoire d´une cohabitation rendue impossible entre colons et Palestiniens. La ville est divisée en deux zones par l´accord d´Oslo, H1 sous contrôle palestinien et H2 sous contrôle israélien, et les deux mémoires, juive et arabe, y sont pareillement blessées. Le 25 février 1994, le docteur Baruch Goldstein tuait 29 Palestiniens en prière au caveau des Patriarches. En 1929, 67 Juifs furent massacrés, ce que rappelle une pancarte dans la colonie de Tel Rumeida, implantée à l´intérieur de la vieille ville et valant, semble-t-il, pour les 600 colons qui y vivent, titre de propriété : « Les Arabes nous ont volé la terre depuis 1929. Rendez-la-nous. » Ces colons extrémistes, qu´une garnison israélienne protège, attisent dans la vieille ville d´Hébron un foyer de tension permanent. Ils percent les puits d´eau des Palestiniens, leur jettent des déchets des étages de la colonie, que les Palestiniens retiennent par des filets tendus au-dessus des rues. Tous les samedis à 16 heures, les colons paradent, avec armes et enfants, montrant aux rares habitants - pour la plupart des vieux en keffieh qui n´ont plus peur de rien - qu´ils sont les maîtres.
La vieille ville d´Hébron s´est économiquement nécrosée. Près de mille boutiques arabes ont été fermées. Beaucoup sont marquées d´une étoile de David, rappelant les devantures des échoppes juives dans l´Allemagne nazie. Ces colons seraient-ils devenus bourreaux après avoir été victimes?
Un shabbat en Judée
Le mouvement des implantations, commencé en 1967, est dans l´imaginaire israélien l´équivalent de la « Frontière » dans l´imaginaire américain au XIXe siècle : la conquête de l´espace hostile, du désert à faire fleurir - la Cisjordanie étant une terre de poussière. Comme l´écrit l´auteur américain Philip Roth dans La Contrevie, cette terre ressemble plus à « un bout de lune où les Juifs auraient exilé leurs pires ennemis [qu´au] lieu qu´ils revendiquent comme leur bien exclusif depuis des temps immémoriaux ».
C´est à Efrat, implantation de 10000 habitants construite en 1980 entre Bethléem et Hébron, que nous rencontrons les colons. Comme tout lieu juif en Palestine, l´entrée d´Efrat est très bien gardée. La rue principale, déserte en ce vendredi soir, est jalonnée de synagogues, d´un restaurant de hamburgers - il y a beaucoup de Juifs américains à Efrat ?, d´un terrain de base-ball, diaprés dans la lumière orange des lampadaires. Tout est d´une propreté, d´un calme irréels. Ville nouvelle à l´américaine, froide, excessivement fonctionnelle, avec pour ciment l´homogénéité religieuse et sociale. Les habitants sont aisés, le moindre loyer avoisinant les 700 dollars. Si tous les hommes portent la kippa, peu arborent la tenue haredim. Sur les 5 km2 d´Efrat, le rêve juif est poussé à son paroxysme. Jusqu´à un ennui de plomb? Pas pour Yael, 20 ans. « C´est le paradis, ici », dit-elle avant de nous inviter à partager le shabbat avec sa famille, des Israéliens d´origine hongroise installés à Efrat depuis l´établissement de la colonie.
L´intérieur de la maison est à l´occidentale, avec son cortège d´appareils électroménagers et d´écrans. Moreham, le père, nous tend une coupe de vin. Il travaille dans une compagnie d´eau à Tel-Aviv, la mère est femme au foyer. Deux fils à Tsahal dont l´un au checkpoint d´Erez, le seul permettant l´entrée dans Gaza par le nord. La mère avoue se faire un sang d´encre. Ils refusent le terme de « colons », jugé trop péjoratif. Ils ne sont pas ici par idéologie, comme ceux d´Hébron, mais pour le cadre de vie, la proximité avec Jérusalem, qu´ils rallient en dix minutes par une route réservée.
Du conflit, ils se rappellent les années de plomb. En 2002, un kamikaze s´était introduit dans la colonie avant d´être tué sans déclencher sa bombe. Ils n´ont plus peur des Palestiniens. Ce sont d´ailleurs eux qui rénovent les maisons de la colonie. Ici, ils aiment l´ambiance de village, les collines bucoliques, le bon air. Efrat est, avant d´être juif, un rêve banlieusard.
Malgré l´accord d´Oslo, qui impliquait le gel des implantations, le nombre des colons a plus que doublé en Cisjordanie. Ils sont aujourd´hui 450000, vivant dans 138 implantations. Autant d´hypothèques grevant tout processus de paix.
Vers une nouvelle stratégie?
La société palestinienne, certes brutalisée, semble rester debout. Les jeunes vivent avec l´ombre portée d´Israël sur leur vie. En manque de héros, aucun d´eux ne croit pouvoir assister à l´avènement d´un état de son vivant. Ils estiment Israël trop puissant, sous-estimant la fragilité de la société israélienne, traversée de clivages ethniques, religieux et sociaux, et pour laquelle il est commun de dire que cet affrontement sert de ciment. Le conflit israélo-palestinien ne s´achemine pas vers une résolution proche. Après la crise diplomatique de mars dernier avec Israël, les états-Unis sont en quête d´une nouvelle stratégie qui sera longue à porter ses fruits. La Palestine devrait donc rester, et pour un nombre indéterminé de générations à venir, l´un des lieux de la douleur du monde.
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