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Kamel Morjane : Cet homme qui donne du temps au temps

Ancien haut fonctionnaire international, l'actuel ministre des Affaires étrangères est une pièce nouvelle sur l'échiquier politique national. Qui est-il? Quel est son avenir?
En déplacement en Côte d'Ivoire, en décembre 2002, en tant que haut-commissaire assistant pour les réfugiés(crédit : Georges Gobet/AFP)En déplacement en Côte d'Ivoire, en décembre 2002, en tant que haut-commissaire assistant pour les réfugiés(crédit : Georges Gobet/AFP)

Qui est cet homme réservé et sobre, qui ne se livre jamais, parle rarement à la presse et demeure méconnu de ses compatriotes, voire de ses collègues au gouvernement? Comment a-t-il gravi les échelons de la responsabilité? Que peut-il espérer (ou redouter) de cette ascension, trop rapide au goût de certains? Est-il au sommet de sa carrière politique ou peut-il briguer de plus hautes charges gouvernementales? À 62 ans, et seulement six comme membre du gouvernement, Kamel Morjane apparaît comme un « homme nouveau » parmi les vieux briscards de la scène politique tunisienne, qui n'ont pas tous la cote auprès de leurs concitoyens. Cependant, « ceux qui ont évoqué son nom comme un possible prétendant à la succession lui ont beaucoup porté préjudice », souligne Ismaïl Boulahya, secrétaire général du Mouvement des démocrates socialistes (MDS), principal parti de l'opposition.

Fawzi Mellah, écrivain tunisien résidant en Suisse, qui fut le camarade d'université de Morjane, se montre tout aussi circonspect : « S'il lui arrive d'y penser, parce que d'autres le disent, il ne doit pas y attacher un intérêt particulier. Lui, en tout cas, ne doit pas se prêter de telles intentions. » Pour l'auteur d'Elissa, la reine vagabonde (Le Seuil, 1988), Morjane serait aujourd'hui dans l'état d'esprit d'un homme aux prises avec « la solitude des missions bien remplies ».


« Solitude » est peut-être le mot qui le définit le mieux. Ses compatriotes, souvent informés de tout ce qui se trame dans les coulisses du pouvoir, savent qu'il ne fait partie d'aucun cercle d'affinités politiques et qu'il n'a jamais été impliqué dans une quelconque combine politicienne. Le personnage est un peu lisse, transparent même - rares sont les Tunisiens qui le reconnaîtraient dans la rue -, ce qui ne le rend pas particulièrement antipathique à leurs yeux. Au contraire. Le fait qu'il manque de soutien à l'intérieur de l'appareil de l'État et du parti au pouvoir ne doit pas faire oublier son principal atout : sa fidélité au président de la République. Et si sa solitude était sa force, en ce qu'elle le rend davantage digne de confiance?

Pour qui connaît les arcanes de la politique tunisienne, ce paradoxe n'en est pas un. Car, à défaut d'être un poids lourd, Morjane offre l'image d'un « joker ». Traduire : quelqu'un qui ne traîne pas de casseroles et pourrait, à tout moment, rendre service à l'État et à son chef. Il a le profil idéal : fidélité, loyauté et sens du sacrifice. Il fait partie de ces gens qui savent donner du temps au temps. Morjane naît le 9 mai 1948 à Hammam-Sousse, la ville natale du président Zine el-Abidine Ben Ali. Après des études au lycée de Sousse, où a été formée une partie de l'élite administrative et politique du pays, il décroche une licence de la faculté de droit et des sciences politiques de Tunis (1967-1971) et un diplôme de l'École nationale d'administration (ENA), avant d'embarquer pour la Suisse, où il poursuit ses études de droit et obtient le diplôme de l'Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève.

Également diplômé de l'Université du Wisconsin et de l'Académie de droit international de La Haye, ce féru de scoutisme et de poésie, dont il truffe ses exposés, se destine à une carrière politique dans son pays. Mais, après avoir enseigné pendant un an à l'IHEID, il opte pour une fonction internationale en entrant, en 1977, au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). « Mon diplôme en poche, raconte-t-il, je pensais rentrer en Tunisie pour intégrer les Affaires étrangères ou l'enseignement. Mais le HCR recrutait, j'ai fait un essai, et j'y ai pris goût. Trois mois après mon arrivée, j'ai été jeté dans le grand bain. C'était à Djibouti, en 1977, en pleine guerre de l'Ogaden. On m'a demandé de piloter l'ouverture du bureau et gérer l'afflux des réfugiés éthiopiens et somaliens ».


Morjane démarre sa carrière au HCR comme simple délégué : il se déplace sur les fronts, évalue les besoins des populations sinistrées et fait parvenir son rapport au siège de l'organisation, à Genève. Outre l'Ogaden, il a à s'occuper d'autres dossiers pour le moins difficiles, comme le Kurdistan ou la RD Congo, mais il sait toujours gagner la confiance des belligérants et de ses patrons à Genève. Ses succès sur le terrain lui valent de gravir rapidement les échelons et d'assumer de hautes responsabilités, tant au siège de l'organisation qu'ailleurs (Égypte...).

En 1988, au lendemain de l'accession de Ben Ali au pouvoir, il quitte le HCR pour un poste d'attaché de cabinet, chargé de l'Académie diplomatique, au ministère des Affaires étrangères, alors dirigé par Abdelhamid Escheikh. Mais il ne tarde pas à réintégrer le HCR, à la demande du haut-commissaire suédois Thorvald Stoltenberg (janvier à novembre 1990). Ce dernier, qui cherche un chef pour le bureau du Moyen-Orient, charge Kofi Annan, à l'époque responsable des ressources humaines au HCR, de prendre contact avec Morjane. Le Tunisien donne son accord de principe, tout en exigeant qu'une demande officielle soit envoyée à son gouvernement. Et c'est ainsi qu'il retrouve les bureaux de l'organisation à Genève.

En 1996, il se remet au service de son pays, mais sans quitter Genève puisqu'il y est nommé ambassadeur, représentant permanent de la Tunisie auprès de l'office des Nations unies et des institutions spécialisées. À ce titre, il préside l'organe de règlement des différends de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et le comité des affaires administratives et financières de cette même organisation. Peu de temps après qu'il a pris la tête de l'ONU, au début de 1997, Kofi Annan se met à la recherche d'un représentant spécial pour la RD Congo. Il pense à Morjane, qu'il connaît depuis une vingtaine d'années et qu'il a vu à l'?uvre dans la région des Grands Lacs, pendant l'exode des Hutus rwandais, entre 1994 et 1996. Il décroche son téléphone et appelle le président Ben Ali pour l'informer de son désir de s'attacher les services de son ambassadeur. Ben Ali donne son accord, le poste étant gratifiant pour la Tunisie.

Et c'est ainsi que Morjane sera, de novembre 1999 à septembre 2001, représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en RDC. C'est lui qui assurera la mise en place de la Mission de l'Organisation des Nations unies en RD Congo (Monuc), avant d'être nommé, en octobre 2001, haut-commissaire assistant pour les réfugiés, et de retrouver ses bureaux à Genève.

Comme le destin des hommes est parfois étrange, en avril 2003, Morjane est pressenti par Annan pour être son représentant à Bagdad. Jeune Afrique (n° 2312, du 1er au 7 mai 2005) relate cet épisode : « Tenté, malgré l'ampleur du défi, il demande audience au président Ben Ali, dont il lui faut obtenir le feu vert. Ben Ali l'encourage mais le met en garde contre les dangers d'un tel poste dans un pays aussi instable. Il met une condition à son départ : sa protection doit être assurée par une équipe de sécurité tunisienne, car le dispositif onusien lui semble ?trop léger?. »

Le président tunisien a vu juste. Sergio Vieira de Melo, finalement désigné pour aller à Bagdad, trouvera la mort en août de la même année dans un attentat contre le bâtiment de l'ONU.

Durant sa mission en RDC, Morjane s'emploie à renforcer la présence des casques bleus tunisiens dans ce pays. Cela est apprécié à Tunis, qui ne tarde pas à le rappeler une troisième fois pour lui donner, en août 2005, le portefeuille de la Défense. Ce rappel suit l'« échec » de Morjane à accéder au poste de haut-commissaire du HCR, fonction à laquelle il était pourtant (presque) désigné, mais qui a finalement été attribué, en juin 2005, à António Guterres, ancien Premier ministre portugais.


L'expérience de Morjane dans la gestion des conflits internationaux a sans doute pesé en faveur de sa nomination à ce poste. Beaucoup plus, peut-être, que sa parenté avec le chef de l'État (voir encadré pages précédentes), sa région d'origine, le Sahel, considérée comme le fief du pouvoir politique dans le pays, ou encore son appartenance, franche et ininterrompue, au parti au pouvoir, le PSD, devenu, à partir de 1988, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), dont il deviendra à partir de 2005 membre du bureau politique et du comité central.

Le diplomate, qui a été pressenti un moment pour prendre en main le ministère de l'Intérieur, n'est pas peu soulagé d'être nommé à la Défense, dont les dossiers lui semblent plus familiers. Comment le fonctionnaire international a-t-il pu retrouver ses marques et s'intégrer de nouveau sur la scène politique tunisienne? Réponse d'Ismaïl Boulahya : « Il s'est jeté dans la piscine. Et son intégration a été rapide. L'homme est du genre à apprendre vite. Il est fait d'un dosage très subtil de flexibilité et de rigueur. Ce trait de caractère lui a toujours facilité la tâche. » Il faut dire aussi que les deux intrusions de Morjane dans le service public tunisien, bien qu'espacées dans le temps, lui ont permis de se familiariser avec les arcanes de l'administration locale, ses pesanteurs et ses goulots d'étranglement. « Kamel est à l'aise dans ses nouvelles fonctions, affirme Mellah. D'abord, il pense que, pour mieux faire avancer les choses, il vaut mieux être dans l'État qu'en dehors. Ayant vu, par ailleurs, les conséquences désastreuses de l'absence d'État en Afrique, il apprécie mieux que quiconque la nécessité d'un État fort. Ensuite, il considère que l'économie est un fondement de la solidité de l'État. Et c'est cette image que dégage la Tunisie actuelle. Enfin, il n'a pas de complexe par rapport aux questions des droits de l'homme, de réforme démocratique. Il peut en discuter avec Clinton ou Kouchner sans se sentir sur la défensive. Il n'est pas du genre à justifier seulement le point de vue de son pays. Il défend aussi ses convictions personnelles sur le sujet. »


Depuis sa prise de fonctions à la tête de la diplomatie tunisienne, Morjane s'est rendu d'abord en Libye en janvier, porteur d'un message de Ben Ali à Kaddafi. Le premier contact avec le « Guide » (souvent considéré comme une épreuve) s'est plutôt bien passé. Morjane s'est déplacé ensuite dans un pays d'Afrique noire, le Burkina Faso, les 8 et 9 février, où il a plaidé pour le renforcement de la coopération entre son pays et l'Afrique subsaharienne. Les 15 et 16 avril, il a présidé les travaux de la 8e réunion des ministres des Affaires étrangères des pays de la Méditerranée occidentale (groupe 5+5) et s'est entretenu, à l'occasion, avec son homologue français, Bernard Kouchner. Ben Brik était (inévitablement) « au menu », mais cela n'a pas suscité de vagues à Tunis.

Au cours de sa première mission aux États-Unis, du 26 au 28 avril, à l'invitation de la secrétaire d'État Hillary Clinton, Morjane a eu une entrevue avec Jeffrey D. Feltman, sous-secrétaire d'État pour les Affaires du Proche-Orient. Dans les communiqués et déclarations qui ont suivi ces rencontres, il n'a pas été question, comme c'était souvent le cas, de réforme politique et de démocratisation, mais de « coopération scientifique, technologique et militaire ».


À l'issue de la réunion, le 10 mai à Bruxelles, avec le commissaire européen chargé de la Politique de voisinage, Stefan Füle, un accord a été enfin trouvé sur « la formation d'un groupe de travail dans la perspective d'un statut avancé » qui serait accordé par l'Union européenne (UE) à la Tunisie, statut dont seul le Maroc bénéficie actuellement dans la région. Ce groupe de travail, dont il était dit en novembre 2008 lors de la présidence française de l'UE, qu'il serait bientôt créé, n'a pu être mis en place en 2009. Tout s'est cependant accéléré depuis le début de l'année. Ainsi, fin mars, la Tunisie a fait parvenir son « dossier de candidature », tandis que l'UE lui a octroyé 240 millions d'euros pour la période 2011-2013. Mieux : Stefan Füle a cru devoir expliquer que l'UE et la Tunisie étaient d'accord pour dire qu'il « n'y a pas de tabous », y compris concernant les droits de l'homme et les libertés fondamentales.

Difficile de ne pas voir, derrière cette évolution des relations avec Bruxelles, la touche personnelle de Morjane. Ce dernier a d'ailleurs déclaré à l'occasion : « Notre demande d'accéder à un statut avancé est une indication de l'engagement de la Tunisie sur cette voie des réformes politiques, qui ne date pas d'aujourd'hui. » Le gouvernement tunisien continuera « à travailler pour plus de liberté, pour plus de démocratie, d'une façon réfléchie, d'une façon sûre, pour permettre à notre pays de continuer à avancer comme il l'a fait au cours des vingt dernières années », a-t-il ajouté. Morjane dans le texte : engagement, bien sûr, mais réfléchi.

L'annonce de la création, en marge de la 8e session du Conseil d'association Tunisie-Union européenne le 11 mai à Bruxelles, du Groupe des amis de la Tunisie au Parlement européen, présidé par Louis Michel, ministre d'État et député européen de Belgique, doit être mise aussi au crédit de la nouvelle dynamique diplomatique imprimée par Morjane.

Au ministère des Affaires étrangères - où l'on a salué l'arrivée aux commandes d'un diplomate chevronné, parlant (et écrivant) couramment l'arabe, le français et l'anglais - comme dans les représentations diplomatiques accréditées à Tunis, on parle d'un changement de style. Et, même, d'un ton nouveau.

La glasnost est-elle en marche? Si c'est le cas, Morjane en serait sans doute l'un des acteurs, pensent nombre de Tunisiens. Ces derniers appellent de tous leurs v?ux un tel changement, qui éviterait à leur pays les critiques récurrentes de certaines organisations internationales sur des dossiers (droits de l'homme, réforme politique et liberté d'expression) où il n'a plus rien à perdre. Et, surtout, tout à gagner.



En quelques dates
  • 1948 Kamel Morjane naît le 9 mai à Hammam-Sousse (région du Sahel).
  • 1971 Licencié en droit de la faculté de Tunis. Il poursuivra ses études en Suisse, aux États-Unis et aux Pays-Bas.
  • 1977 Entre comme délégué au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
  • 1988 Attaché de cabinet au ministère tunisien des Affaires étrangères.
  • 1990 Réintègre le HCR.
  • 1996 Ambassadeur de Tunisie auprès des Nations unies à Genève.
  • 1999 Représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en RD Congo.
  • 2001 Haut-commissaire assistant pour les réfugiés.
  • 2005 Ministre de la Défense.
  • 2010 Nommé, en janvier, ministre des Affaires étrangères.


ITINERAIRE La famille, la patrie, l'État...
Les camarades de Morjane à l'université se souviennent d'« un jeune homme extrêmement modéré, de nature calme et même très doux ». Sa passion pour la politique daterait de cette époque. Sa biographie officielle souligne qu'il a présidé la commission administrative de l'Union générale des étudiants tunisiens (Uget), pépinière de la vie politique locale, et dirigé le secrétariat général du Bureau national des étudiants destouriens, affilié au Parti socialiste destourien (PSD, alors parti unique).
À l'époque, l'université tunisienne est traversée par deux principaux courants contestataires : communiste et nationaliste arabe. Mais Morjane n'a pas l'âme d'un contestataire. C'est, sans doute, pour cette raison qu'il préférera poursuivre ses études loin de Tunis. Me Taoufik Ouanes, qui l'a côtoyé à l'Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève avant de travailler à ses côtés au HCR, soutient que la politique était, chez lui, une forme d'« engagement familial ». « Le PSD était le parti de son père, un proche de Bourguiba. Et Kamel n'était pas du genre à se rebeller contre l'ordre familial. C'était un jeune homme réfléchi et équilibré », explique Me Ouanes.
Revenant, lui aussi, sur leurs années d'études à l'IHEID, l'écrivain Fawzi Mellah souligne, chez Morjane, ce qu'il appelle « l'amour inconditionnel du pays ». « Le début des années 1970 était une période très difficile. La Tunisie sortait de l'expérience douloureuse du coopératisme préconisé par Ben Salah. J'avais un rapport intellectuel avec le pays. Lui avait un rapport émotionnel et une espèce de fidélité immédiate.
Un exemple :
la plupart des jeunes de notre génération qui faisaient leurs études en Europe choisissaient de vivre avec des Européennes. Pas lui. Dès son jeune âge, il savait qu'il allait épouser une Tunisienne », raconte-t-il. Kantaoui Morjane, le père de Kamel, était inspecteur des finances. Fils d'agriculteur, il était le premier col blanc de la famille. Militant de la cause nationale sous le protectorat français, il a fait partie du premier noyau de l'administration tunisienne au lendemain de l'indépendance. Fidèle compagnon de Bourguiba, il a été successivement délégué (sous-préfet) à Jemmal, secrétaire général du comité de coordination du PSD à Sousse, gouverneur (préfet) à Kasserine puis à Sousse, et enfin secrétaire général adjoint du PSD chargé des anciens combattants.
Entre ce parfait commis de l'État et son fils, les relations étaient à la fois fortes et teintées d'une certaine réserve. Les deux hommes s'imposaient la distance qu'exige le respect. « Quand il venait rendre visite à son fils, étudiant à Genève, je sortais parfois avec Morjane père », raconte Me Ouanes. Au cours de l'une de leurs promenades, Kantaoui Morjane s'est arrêté devant une plaque au fronton d'une grande surface, en face de la gare centrale. Il a lu, gravée sur le marbre, une citation de Rousseau : « Mon père, en m'embrassant, fut saisi d'un tressaillement que je crois sentir et partager encore : ?Jean-Jacques, me disait-il, aime ton pays...? »
Il avait presque les larmes aux yeux lorsqu'il dit : « Voilà ce que j'ai essayé d'inculquer à Kamel. » Le père et le fils étaient très proches et même parfois très complices. Mais, dans la région du Sahel, terrienne et conservatrice, à cheval aussi sur les principes de l'éducation religieuse, les deux hommes ne pouvaient se permettre aucune familiarité.
On pourrait en dire autant des relations qu'entretient Morjane avec sa mère, Selma, Sahélienne pur jus, battante et dévouée, qui vit encore. De même avec son frère cadet, Mounir, diplômé en économie, actuellement maire de Hammam-Sousse et PDG de la Société Kantaoui d'animation et de loisirs, gérant notamment un parc de loisirs (Aquaparc), et avec ses deux s?urs, mariées à des cadres de la région.
Morjane a épousé Dorra Ben Ali, fille de Bouraoui Ben Ali, un cousin du président tunisien, pilote de ligne, l'un des pionniers de l'aéronautique nationale, auteur d'un ouvrage sur l'histoire de l'aviation (Les Ailes des hommes, éd. Pharos, 2005). Le couple a deux enfants : l'aînée, Dalel, 29 ans, travaille comme juriste dans un cabinet d'avocats tunisois. Le cadet, Kaïs, 27 ans, diplômé en management, vient d'entamer une carrière professionnelle dans un groupe privé. La famille vit aujourd'hui dans une villa au quartier résidentiel d'El-Menzah IX, dans le nord de Tunis.

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