Débuts d´une négociation secrète
Béchir Ben Yahmed, directeur et rédacteur en chefIl y a près d´un an, le 12 juin 2009, le régime en place à Téhéran et son « guide », Ali Khamenei, ont imposé aux Iraniens et au monde la réélection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de la République, pour un deuxième mandat de quatre ans.
On s´accorde à penser et à dire que le vote a été truqué et que son résultat ne traduit pas la volonté du peuple iranien. Il a d´ailleurs été contesté avec force à l´intérieur du pays et à l´extérieur. Mais Mahmoud Ahmadinejad est toujours là, mauvais porte-parole d´un régime assiégé.
L´Iran mérite beaucoup mieux que ses dirigeants actuels, mais, même affublé de tels gouvernants, il ne doit pas être rejeté. Gardons-nous, par conséquent, d´écouter les mauvais augures du genre d´Avigdor Lieberman : pour diaboliser l´Iran, le ministre israélien des Affaires étrangères vient de ressusciter le fameux concept bushien d´« axe du mal » et nous invite à y placer l´Iran et la Syrie.
Des personnalités bien plus respectables, dirigeants de pays démocratiques, militent, à l´inverse, pour un dialogue constructif avec l´Iran et le régime qui s´y maintient. Le plus en vue et le plus désintéressé est le président du Brésil, Lula da Silva : mi-mai, à sept mois de quitter le pouvoir, mission accomplie, il s´est rendu à Téhéran, en visite amicale et de travail.
Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre de Turquie, et le président du Sénégal, Abdoulaye Wade, l´y ont précédé ou rejoint : avec l´appui des dirigeants de la Chine, ils s´efforcent de calmer les ardeurs des partisans de la rupture avec l´Iran.
Affaiblie par l´état de son économie, l´Europe hésite et, comme souvent, ne parle pas d´une seule voix : alors que le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, se situe dans le camp des faucons (« Lula fait fausse route »), Catherine Ashton, le nouveau haut représentant de l´Union européenne pour les Affaires étrangères, se déclare partisane du dialogue et désireuse de lui donner toutes ses chances.
Quant à l´Iran, son régime est si tiraillé entre tendances opposées qu´il parle lui aussi de plusieurs voix, comme s´il était un concentré d´Europe : s´expriment en son nom, tour à tour, les partisans de la rupture avec le reste du monde et de l´isolement et ceux du dialogue constructif et de la conciliation.
Cette situation n´a pas échappé au président des états-Unis, Barack Obama, dont l´objectif stratégique reste d´amener l´Iran à la table des négociations. Il est en communication permanente avec ceux qui ont la confiance de Téhéran et lui proposent de l´aider à nouer avec les dirigeants iraniens les fils d´un début de négociation publique. Mais, pour le moment, il se retient de suivre leurs recommandations.
Je suis en mesure d´ajouter, cependant, qu´entre les états-Unis et l´Iran, pendant que les diplomates continuent de réaffirmer en public les positions des deux bureaucraties et parfois d´échanger des propos peu amènes, en secret s´est déjà amorcé le début d´une négociation.
Il ne faut pas s´attendre à des progrès rapides, car les deux pays ont accumulé l´un contre l´autre une montagne de griefs et des tonnes de méfiance. Mais attendons-nous à apprendre, à l´improviste, un beau jour de 2011, ou peut-être même de 2010, que les pourparlers secrets ont joué leur rôle de catalyseur.
On nous annoncera alors, en fanfare, une rencontre publique inspirée de celle qui, en 1972, a permis à la Chine et aux états-Unis de mettre un terme à leur guerre de trente ans.
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Palmarès 2010
Jusqu´à la chute du communisme en 1990, il y a donc vingt ans, pour les politologues et les économistes, trois mondes d´inégales importance et qualité coexistaient sur notre planète.
Le premier monde rassemblait la bonne trentaine de pays qui, après avoir su enfourcher la révolution industrielle du XIXe siècle, se sont développés par l´économie de marché.
à ce monde on a accolé le qualificatif de capitaliste, et bien que le Japon l´ait rejoint, on a communément utilisé le mot Occident pour le désigner.
Un intellectuel dans le feu de l'action
C'est bien connu : « La critique est aisée, l'art est difficile. » Le 11 septembre 2001, il y a neuf ans, une organisation dont le nom n'était alors connu que de peu de -monde, Al-Qaïda, réussissait à commettre à New York et Washington, les deux capitales du plus grand empire de tous les temps, l'acte terroriste le plus hardi, le plus spectaculaire et le plus meurtrier jamais perpétré : il a fait près de trois mille morts en quelques heures, semé la panique et le désarroi au sein du gouvernement américain.
En riposte à cet acte insensé, le géant humilié déclencha deux guerres contre deux pays musulmans, non conclues à ce jour.
Et obligea le monde entier à modifier son mode de vie pour participer à une fumeuse et interminable « guerre mondiale contre le terrorisme ».
Inventé et mis en ?uvre par le président George W. Bush, qui occupait alors la Maison Blanche, le concept a été relégué aux oubliettes par son successeur,
Des cigales et des fourmis
La crise économique et financière affecte inégalement les pays et les continents. Mais elle est mondiale. Les signes qui l'annonçaient sont apparus il y a trois ans, et l'on peut déjà faire le distinguo entre deux époques : « avant la crise » et, puisqu'elle n'est, hélas, pas terminée, « depuis le début de la crise ».
Beaucoup de choses ont changé depuis qu'elle s'est déclarée. Même, et peut-être surtout, notre perception des réalités.
Avant la crise, les pays du Nord, qui avaient acquis la richesse par la maîtrise de la science et des technologies, n'avaient que condescendance (et un peu de compassion) pour ces pauvres pays du Sud, mal gouvernés et où grouillait une humanité « innombrable et misérable ».
Les premiers faisaient
à quand la rupture ?
Depuis l´élection de Nicolas Sarkozy, il y a trois ans, et le choix qu´il a fait de François Fillon pour le poste stratégique de Premier ministre, on glose sur le vrai pouvoir de ce dernier, dont « l´hyperprésident » a dit un jour qu´il était son « collaborateur ».
Le tempérament de Nicolas Sarkozy et le fait qu´il avait souhaité être nommé à Matignon par Jacques Chirac sans obtenir cette consécration ont conjugué leurs effets pour qu´il donne l´impression « d´être enfin arrivé à conquérir Matignon, mais en passant par l´élysée... ».
Que François






