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À la conquête des palais chinois

Alors que le marché s’est longtemps cantonné aux grands crus et à la classe la plus aisée, la demande de vins français explose et se diversifie.  Par Mathias Lebœuf 


Ceux qui s'apprêtent à combattre Nicolas Sarkozy lors de la prochaine élection présidentielle doivent affûter leurs arguments. Non seulement parce que l'homme est un politicien habile et un orateur de qualité mais aussi parce que son bilan est éclairé par des lueurs positives. Dans un océan d'initiatives inachevées, de choix contestables et de promesses avortées, plusieurs de ses décisions ont modernisé le pays et conforté la démocratie.

La limitation du pouvoir présidentiel à deux mandats appartient, par exemple, à ces changements d'importance. Qui regrette cette modification constitutionnelle, adoptée en 2008, mis à part quelques très vieux gaullistes, toujours nostalgiques du septennat et hostiles au quinquennat instauré par Jacques Chirac ? Certains jugent même qu'elle était inéluctable. La présence d'une même personnalité à l'Élysée réélue sans limite de durée ne correspond plus, sans nul doute, ni à la rapidité de l'évolution du monde ni au rythme de vie imposé aux dirigeants d'aujourd'hui.

Certes, le quinquennat accélère le temps politique et conduit la nation à vivre en campagne présidentielle de manière quasi permanente : en trois ans, tout doit être fait avant que les rivalités partisanes ne reprennent le dessus. Il induit aussi une plus grande implication présidentielle au point de conduire à ce qu'on appelle l' « hyperprésidentialisation ». Mais, aujourd'hui, plus personne ne le remet en question, pas plus que l'interdiction d'aller au-delà de deux mandats.

De même, la notion d' « ouverture », tant voulue par Nicolas Sarkozy, est de ces acquis qui devraient perdurer quelle que soit la majorité au pouvoir. Il ne s'agit pas ici de l'entrée au gouvernement de personnalités du camp adverse. Pratiquée déjà par François Mitterrand, celle-ci s'apparente surtout au débauchage individuel et au « coup » politique. La volonté de colorer son action des idées et de la sensibilité de l'adversaire n'y est pas présente quoi que l'on prétende. Un Bernard Kouchner, par exemple, ne pesa guère, le malheureux, sur la politique étrangère sarkozienne. Un Frédéric Mitterrand dut surtout son recrutement à son nom.

En revanche, faire entrer des socialistes à des postes clés de l'État, les imposer à une majorité rétive, leur reconnaître une totale liberté d'action est une manière de laisser une trace qu'il sera difficile d'effacer. Sarkozy, dès son arrivée au pouvoir, expliqua qu'il souhaitait « apaiser pour pouvoir réformer ». Aussi confia-t-il à Didier Migaud la présidence de la Cour des comptes (que celui-ci occupera, s'il le souhaite, douze ans, puisque le poste est inamovible jusqu'à l'âge de 69 ans) ; à un autre socialiste, celle de la commission des finances de l'Assemblée nationale ; à Claude Evin, ancien ministre de la Santé de Michel Rocard, celle de l'agence régionale de santé d'Île-de- France, la plus importante de la France ; à Guillaume Pepy, qui fut le directeur de cabinet de Martine Aubry, la présidence de la SNCF ; à Michel Charasse, un des barons du mitterrandisme, le Conseil constitutionnel.

Ce sont les exemples les plus illustres de cette nouvelle manière de gouverner. Et ce sans compter les nombreux rapports ou réflexions confiés à Michel Rocard, Hubert Védrine, Jacques Attali, Pierre Mauroy, Jack Lang et Nicole Notat, l'ancienne responsable de la CFDT.

Pour mesurer le chemin parcouru dans la pratique de la démocratie, il suffit de se rappeler que l'opposition était quasiment interdite de parole à la télévision, alors uniquement publique, il y a à peine quarante ans ou que la consultation des leaders de l'opposition par l'Élysée sur les grands choix politiques date d'une trentaine d'années, rendez-vous aujourd'hui tellement entrés dans les moeurs qu'ils ne sont plus un événement. Et même si, dans l'esprit du chef de l'État, la démarche traduit autant le souci de semer la discorde chez les socialistes que celui de gommer l'image d'un président sectaire et partisan, elle constitue une avancée démocratique que même les plus farouches des opposants ne songeraient à nier. Tout comme ils ne renieraient pas les droits supplémentaires accordés au Parlement renforcé dans ses prérogatives et bénéficiant de nouveaux pouvoirs.

Dans ce goût de Sarkozy pour une pratique plus « détendue » des institutions et son souhait d'une certaine transparence, les comptes de l'Élysée (112,1 millions d'euros de budget annuel) sont maintenant examinés chaque année par la Cour des comptes. Celle-ci, sévère l'an passé sur la gestion du « Château », s'est déclarée satisfaite cette année.

sarkozyNicolas Sarkozy et le premier président de la Cour des comptes, le socialiste Didier Migaud, en mars 2010.

Au crédit de Nicolas Sarkozy, il faut également mettre la réforme de l'université et le statut des enseignants chercheurs. Même si, lors de son instauration, ces changements firent couler beaucoup d'encre, ils ne sont plus aujourd'hui contestés : leur nécessité est admise quasiment par tous. Il est vrai que l'autonomie des universités était souhaitée depuis… les années 1960, à l'occasion d'un colloque réuni autour de Pierre Mendès France.

Que les moyens restent insuffisants par rapport aux ambitions, même si un gros effort financier est décidé chaque année dans le budget de la nation, c'est un fait. Mais le succès est au rendez- vous : 51 universités sur 84 sont déjà passées à l'autonomie, 36 facultés doivent le faire en janvier prochain et 18 sont en attente. Et les financements privés affluent vers l'enseignement supérieur.

On pourrait sans doute énumérer d'autres mesures positives prises sous l'ère Sarkozy, tels le statut de l'autoentrepreneur ou la création du revenu de solidarité active (RSA) au bénéfice des salariés à temps partiel et, sous condition stricte, des jeunes de moins de 25 ans. On pourrait même citer la réforme des retraites, qui a au moins le mérite de résoudre temporairement le financement des pensions et de proposer des solutions que tant de gouvernements, depuis vingt ans au moins, ont différées. On pourrait encore juger que la réponse de la France à la crise économique, via le plan de relance, lui a permis de mieux s'en sortir que plusieurs autres États occidentaux. La récession, par exemple, y a été la plus faible de tous les grands pays européens. Il est vrai que certaines de ces décisions sont conjoncturelles et sont de l'ordre de toute gestion gouvernementale, alors que d'autres relèvent de choix idéologiques et peuvent être d'autant plus contestées que d'autres solutions, d'une idéologie opposée, ont pu être proposées.

Le sarkozysme est aussi un tempérament et une façon d'agir. Si les Français n'accordent pas au chef de l'État une grande popularité et doutent de son projet pour la France, ils lui reconnaissent de la volonté et du dynamisme, voire de l'activisme. Cet homme du coup d'éclat permanent s'est ainsi illustré lors de la crise géorgienne. Négligeant ses partenaires européens soudain immobiles, il a parlé haut et fort à la Russie, l'empêchant de laisser ses troupes s'enfoncer davantage dans la Géorgie. Du coup, il a retrouvé un temps la faveur des Français, toujours heureux de constater qu'ils peuvent encore peser sur la marche du monde.

C'est dire que cet homme, si décrié dans les sondages et parfois guère apprécié par ses homologues, vaut mieux que sa caricature. Pour peu qu'on n'ait pas de goût pour les procès en sorcellerie et qu'on se souvienne qu'en politique on peut toujours rebondir, force est de constater qu'il peut faire valoir un actif réel. Même ses adversaires les plus déterminés ne devraient pas l'oublier. 

 


 

Nouveaux engagements
Fiscalité, justice, personnes âgées, chômage des jeunes : les choix annoncés à la fin de 2010. 

Même si Nicolas Sarkozy est moins prodigue en déclarations qu'au début de son quinquennat, il n'en a pas moins pris il y a peu encore de nouveaux engagements. Alors, pour ceux qui veulent juger sur pièces en 2012, voici un bref rappel des choix annoncés par le chef de l'Etat français en novembre dernier. Au printemps 2011, une réforme de la fiscalité doit avoir lieu. Le bouclier fiscal et l'impôt sur la fortune pourraient être supprimés. Ce dernier serait remplacé par une taxation des revenus et des plus values du patrimoine. Mais, a juré le président, il n'y aura pas d'augmentation des impôts. Une réforme concernant les personnes âgées dépendantes sera mise en place à l'été 2011. À cet effet, une nouvelle branche de la Sécurité sociale devrait être créée au terme d'une consultation avec les conseils généraux, les associations et les forces syndicales. La justice sera réformée. Des citoyens pourraient assister les juges d'application des peines et statuer sur la libération conditionnelle des criminels. Des jurés populaires pourraient être présents dans les tribunaux correctionnels où, pour le moment, les décisions ne sont prises que par des magistrats. Pour endiguer le chômage chez les jeunes, le nombre de ceux qui bénéficient d'un contrat en alternance sera doublé. n M.S.

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